Point de vue de Marc Berendes sur l’évolution de la biologie médicale.

Point de vue

Biologiste infos
Crédit photo : © Abbott Diagnostics

Le monde de la biologie médicale est en pleine mutation : regroupements et délocalisation, industrialisation, automatisation, mais aussi standardisation par le passage à l'accréditation. Marc Berendes, directeur Général d’Abbott Diagnostics France, nous donne sa vision de ces évolutions et de la façon dont Abbott s'y intègre.

> Abbott s’est scindé, il y a un an, en deux entités indépendantes. Quelles en sont les conséquences pour Abbott Diagnostics ?

La branche pharmaceutique d’Abbott qui développait et commercialisait des produits innovants issus de la recherche, avait une croissance telle qu’elle représentait près de 50 % du chiffre d’affaires du groupe ABBOTT. Pour éviter un déséquilibre entre les divisions et clarifier notre positionnement pour les investisseurs, il a été décidé une scission entre cette entité pharmaceutique, devenue aujourd’hui Abbvie, et les autres branches du nouvel Abbott : le diagnostic in vitro (immunoanalyse, biochimie, hématologie, biologie moléculaire, robotisation, biologie délocalisée), les dispositifs médicaux (auto surveillance du diabète, optique), la nutrition et les médicaments établis. Chacune de ces deux sociétés, qui sont maintenant complètement indépendantes, représente aujourd’hui environ 20 milliards d’euros de CA. Une des conséquences est que le poids relatif d’Abbott Diagnostics a doublé au sein d’Abbott, représentant aujourd’hui environ 25 % du CA ; les choix d’investissement sont donc en rapport avec cette importance nouvelle.

> Pouvez-vous nous faire un point économique sur Abbott Diagnostics aujourd’hui ?

Abbott monde emploie 70 000 personnes dont 900 en France. La croissance des activités IVD en 2013 se montait à 8 % vs 2012. En France, les ventes d’Abbott Diagnostics se font un peu plus dans le secteur privé que dans le public. Nous avons une volonté ferme d’augmenter notre présence à l’hôpital afin de rééquilibrer ces deux pôles.

> Vous êtes à la tête d’Abbott Diagnostics en France depuis près de trois ans. Avez-vous mis en place une nouvelle approche stratégique au niveau du diagnostic ?

pour coller au mieux aux mouvements de notre marché, nous sommes en train de changer complètement notre organisation, afin d’être certains que nos clients aient toujours en face d’eux l’interlocuteur idéal. Ainsi, les laboratoires déjà équipés de systèmes ABBOTT auront un contact unique, une sorte d’« ambassadeur », chargé de les suivre au quotidien et de traiter, seul ou en faisant appel à d’autres compétences, tous les besoins, questions, problématiques auxquels pourra être confronté le laboratoire. Ils sont là en quelque sorte pour ouvrir les portes de notre entreprise à nos clients. Pour les laboratoires qui souhaitent changer leur matériel ou leur organisation, une équipe d’ingénieurs d’affaires, épaulée par des spécialistes en organisation de laboratoires et en informatique, viendra étudier précisément leurs besoins afin de leur proposer la solution la plus adaptée.

Les chaines robotisées Abbott
© Abbott Diagnostics

Enfin, une équipe spécialement en charge des relations avec les structures nationales ou internationales s’occupe de gérer des réseaux de laboratoires.

Il nous a paru indispensable de mettre en place cette organisation, car le schéma précédent − un ingénieur commercial en charge de tous les laboratoires d’une région − n’était plus adapté au marché français. Nous avons voulu aussi élargir notre offre, en l’ouvrant à des systèmes non-Abbott, afin d’apporter une solution complète aux besoins des laboratoires. C’est ainsi que nous pouvons connecter sur nos chaînes robotisées des automates d’hémostase, d’allergie ou même d’immunoanalyse pour étendre la gamme des analyses automatisables. De même, nous avons développé un partenariat avec la société Aimlab pour proposer un îlot préanalytique très performant, le Pathfinder 900.

> Quels sont vos autres partenariats dans le domaine du diagnostic ?

Pour étoffer son offre, ABBOTT a signé un accord mondial de partenariat avec TECHNOPATH, jeune société irlandaise spécialisée dans la fourniture de produits de contrôle de qualité. Grâce à ce partenariat, nous pouvons maintenant proposer des sérums de contrôles (qui ne sont pas fabriqués par Abbott), ayant un niveau de consolidation très élevé, ainsi que l’accès à un programme de comparaison des pairs et être ainsi en conformité avec les attentes de l’accréditation.

Par ailleurs, ABBOTT a noué un partenariat privilégié avec la société BYG, afin de proposer une solution informatique à la hauteur des demandes de nos clients, car même si ABBOTT a développé ses solutions informatiques, il nous a paru important de proposer une offre conçue spécialement pour le marché français.

> Quelles garanties proposez-vous en matière de qualité ?

Nous insistons beaucoup sur la qualité de nos produits et sur la rigueur au niveau des contrôles qualité en fabrication. Nous avons très peu de produits pour lesquels il y a des informations de sécurité transmises aux clients ou des rappels de lots.

travail, composé de biologistes déjà accrédités, qui se réunit plusieurs fois par an pour réfléchir à ce que nous pouvons améliorer. Ainsi, nous avons pu élaborer le pré-remplissage du formulaire SH FORM 43. Nous travaillons également avec des cabinets de conseils, par exemple sur la partie ressources humaines, pour faciliter l’adaptation à un nouveau type de travail centré autour d’une solution totalement robotisée.

> Comment voyez-vous le marché du diagnostic évoluer en France dans les cinq ans à venir ?

Des partenariats entre public et privé pourraient se développer par nécessité ou par volonté politique. En ce qui concerne la biologie privée, la seconde phase de la consolidation, avec le rapprochement de grosses structures régionales, démarre. En ce qui concerne le poids pris par les groupes financiers dans la biologie privée de demain, il est très difficile de répondre. Il sera sûrement fonction de la direction prise par les jeunes biologistes.

> Vous pensez donc que la position des jeunes biologistes sera déterminante pour les années à venir ?

La biologie médicale de proximité est une spécificité française, c’est un plus pour le système de soins français, il serait extrêmement dommageable qu’elle disparaisse avec les départs à la retraite. Les jeunes biologistes passionnés doivent se battre pour conserver leur profession. Depuis trois ans, nous sommes passés de 4 000 plateaux techniques à 1 500. Les cinq prochaines années seront absolument déterminantes pour la profession.

> Quels nouveaux produits proposez vous et quelles seront les priorités d’ABBOTT France pour les années à venir ?

© Abbott Diagnostics

Notre priorité en 2014 est de modifier notre organisation afin qu’elle s’ajuste au mieux à l’évolution de la biologie en France, et qu’elle réponde le plus favorablement possible aux nouvelles attentes de nos clients. Au niveau des réactifs, nous continuons à augmenter et améliorer la gamme des tests disponibles sur ARCHITECT : citons par exemple un nouveau réactif troponine I haute sensibilité, permettant de réduire sensiblement le temps passé aux urgences par les patients suspectés de souffrir d’un SCA, ou un nouveau dosage d’HbA1c par méthode enzymatique, validé pour le suivi et le diagnostic du diabète. Nous nous attachons également à ce que nos réactifs pour le dépistage des hépatites et rétrovirus, domaines dans lesquels nous sommes leaders, évoluent très vite en fonction de la découverte de nouvelles souches ou de nouveaux sous-types. Nous avons d’ailleurs mis sur pied un réseau de surveillance composé de leaders d’opinion du monde entier. Et bien sûr, les nouvelles générations d’automates sont déjà bien avancées. J’invite vos lecteurs à aller découvrir la philosophie qui guide leur conception sur le site factoringinthehuman.com. La biologie médicale change, nous changeons aussi pour rester en phase avec elle.

Émilie Cler