Technicien en cytogénétique, savoir faire parler les chromosomes

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Crédit photo : © Caroline KIM

Le métier de technicien en cytogénétique présente plusieurs attraits : variété des tâches, responsabilisation des techniciens, découverte incessante de nouvelles subtilités de diagnostic. Christel Ageorges, technicienne en cytogénétique au Laboratoire Cerba, nous a ouvert les portes de son unité, afin de nous faire découvrir son quotidien.

Lire et interpréter des caryotypes, ces photographies de l’ensemble des chromosomes d’une cellule, c’est le fondement de la cytogénétique. Cette science très complexe exige des connaissances poussées, qui sont enseignées dans les laboratoires eux-mêmes, en l’absence de formation initiale.

Au Laboratoire Cerba, « les nouveaux venus suivent tout d’abord, pendant deux mois, une formation complète sur ce qu’est un caryotype ou comment reconnaître chaque chromosome », explique Gaëtane Honvault, responsable de l’unité en cytogénétique prénatale, qui compte aujourd’hui dix-sept techniciens. Le reste de la formation, qui dure un an, assure à la fois l’apprentissage des techniques de préparation des échantillons (afin d’en établir les caryotypes) et l’approfondissement des techniques de lecture des caryotypes. Les techniciens en cytogénétique passent en effet régulièrement d’un poste technique à un poste plus analytique. « La variété des tâches est l’un des intérêts du métier : je travaille alternativement en technique et au microscope », commente Christel Ageorges, technicienne de quarante ans qui travaille dans le service de cytogénétique prénatale depuis 1994. Elle est aujourd’hui l’assistante de Gaëtane Honvault.

La cytogénétique en question

La cytogénétique peut être définie comme l’étude du caryotype (cartographie de l’ensemble des chromosomes). Elle est notamment utilisée pour déterminer si certaines pathologies ou anomalies sont d’origine génétique (retard mental, troubles de la fertilité, troubles de la croissance ou de la puberté) et pour évaluer le pronostic de certaines pathologies acquises comme certains cancers. Cette science a fait ses premiers pas en 1956, mais elle n’a pris sa forme actuelle que dans les années 1970.

Préparation des lames

La tâche des techniciens en cytogénétique commence avec la réception de l’échantillon. Au service prénatal, il s’agit soit de liquide amniotique, soit de villosités choriales. En six à huit jours au total, les techniciens vont traiter ces échantillons pour obtenir les chromosomes du foetus. Les échantillons sont tout d’abord centrifugés puis mis en culture dans un milieu qui favorise leur développement. Ils y restent quelques jours, jusqu’à maturité : c’est lorsque les cellules sont en phase de division que leur ADN se présente sous forme de chromosomes. À ce moment, les cellules sont soumises à un choc hypotonique afin qu’elles explosent, ce qui permet la visualisation des chromosomes. Le résultat est ensuite fixé par séchage sur des lames. « Lors de ces étapes, l’expérience du technicien est essentielle : pour évaluer la maturité des cellules mais aussi pour obtenir une bonne qualité d’image lors du séchage. Si le résultat ne convient pas, il faut modifier les réglages d’humidité et de température de l’automate afin d’optimiser le rendu. C’est l’étape de séchage qui me paraît la plus difficile à maîtriser, d’autant plus que le technicien a une grande responsabilité vis-à-vis de la qualité de l’image finale », commente Christel Ageorges.

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Crédit photo : © Caroline KIM

Les lames séchées sont ensuite dénaturées afin de générer le banding (la formation des bandes caractéristiques) des chromosomes qui permettra leur identification. À ce stade, les lames sont prêtes à être lues. « Nous réalisons un vrai travail d’équipe. Nos postes s’enchaînent : il faut attendre qu’une phase soit terminée pour réaliser la seconde. Et la qualité de chaque étape détermine celle du résultat final », note Christel Ageorges, qui maîtrise aujourd’hui les six étapes techniques de manipulation des liquides amniotiques et deux des quatre étapes concernant les villosités choriales.

« Tous les techniciens connaissent au moins un poste technique et, peu à peu, ils en apprennent de nouveaux. Il faut en moyenne deux à huit semaines pour devenir autonome sur un poste technique », précise Gaëtane Honvault.

Lecture des caryotypes

La seconde étape du travail des techniciens en cytogénétique consiste à lire les lames pour réaliser le caryotype. Concrètement, la réalisation des caryotypes comprend plusieurs phases. Le technicien sélectionne sur les lames préparées en amont les mitoses qui lui semblent les plus significatives. Il les photographie au microscope électronique puis, à l’aide d’un logiciel dédié, classe les chromosomes par paires. L’objectif est « d’obtenir au moins deux fois chaque paire de chromosomes dans une image bien nette. Il faut analyser en moyenne douze mitoses pour qu’un dossier soit complet », explique Christel Ageorges.

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Crédit photo : © Caroline KIM

Le technicien étudie alors les chromosomes afin de déceler des anomalies, et propose au cytogénéticien son interprétation des résultats. Pour cela, il s’appuie obligatoirement sur les données cliniques, qui ont lui été transmises par le médecin traitant. En fin d’interprétation du caryotype, un technicien en cytogénétique peut proposer de procéder à des analyses complémentaires.C’est l’aspect le plus complexe du métier de technicien en cytogénétique.

Les membres de l’équipe échangent donc en permanence sur les nouveaux cas qu’ils diagnostiquent, et bénéficient régulièrement de l’intervention de cytogénéticiens, « qui font le point avec nos équipes sur les anomalies très fines rencontrées », décrit Gaëtane Honvault. Les cytogénéticiens ont un rôle important en termes de techniciens plus aguerris. Ils veillent à la constance de la qualité des résultats et peuvent éventuellement suggérer un complément de formation.

De l’importance de l’étape de préparation

Pourquoi un technicien doit-il à la fois connaître la technique de préparation des lames et savoir les interpréter ? Pascale Kleinfinger, cytogénéticienne au laboratoire, estime que « si le technicien ne savait pas interpréter les caryotypes, il risquerait de livrer des images de mauvaise qualité. Quand il sait lire un caryotype, il comprend l’importance de la résolution des chromosomes pour l’interprétation ». In fine, l’analyse du caryotype réalisée par un technicien est toujours transmise à un médecin spécialisé en cytogénétique. C’est lui qui confirme, ou infirme, les résultats obtenus par le technicien. « Même si l’on peut souvent reprendre mot pour mot les analyses livrées par les techniciens en cytogénétique chevronnés car ils ont acquis une excellente expertise, c’est le cytogénéticien qui assumera au final la responsabilité des résultats envoyés au médecin qui a demandé les analyses. Il jouera aussi auprès de lui un rôle de conseil en génétique », explique Pascale Kleinfinger.

De la réception des échantillons à la livraison de résultats fiables, le rôle du technicien en cytogénétique est donc essentiel. « En prénatal, le diagnostic a un impact important. Il va souvent conduire le médecin à décider s’il faut ou non proposer une interruption médicale de grossesse. Il est donc important d’obtenir un caryotype de qualité », concluent Gaëtane Honvault et Christel Ageorges.

Des analyses très spécialisées au laboratoire Cerba

L’unité en cytogénétique prénatale est l’une des quatre unités de cytogénétique du Laboratoire Cerba, qui comptent en tout 45 techniciens. Le plateau technique du Laboratoire emploie quant à lui 190 techniciens– tous regroupés en unités définies par les types de techniques et les paramètres analysés. Ainsi, les trois autres unités de cytogénétique concernent les diagnostics post-nataux, l’onco-hématologie et les techniques de cytogénétique moléculaire comme l’hybridation in situ par fluorescence (dite FISH) ou la CGH, l’hybridation génomique comparative communément appelée puce à ADN. « Ces dernières sont soit des analyses complémentaires permettant de compléter ou de valider un premier résultat obtenu en diagnostic cytogénétique prénatal, postnatal ou onco-hématologique, soit des analyses permettant de mettre en évidence des pathologies non visibles sur un caryotype conventionnel », explique Franck Hermet, directeur du plateau technique du Laboratoire Cerba.

Caroline KIM