Infirmières et biologistes : une relation de proximité

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Entre infirmières et biologistes, le contact est permanent. Les infirmières réalisent une large part des prélèvements analysés au laboratoire, utilisent le matériel fourni par les biologistes, et sont concernées par la réforme de la biologie, surtout au niveau de la traçabilité.

Par ailleurs, infirmières comme biologistes interagissent avec les médecins traitants et les pharmaciens, en particulier en zone semi-rurale où des patients parfois isolés attendent beaucoup de la coopération entre professionnels de santé. Cécile Stobac, infirmière d'état (IDE) depuis 1997, couvre un large secteur dans le Val d'Oise, et travaille avec un laboratoire d'analyses de biologie médicale situé à Domont.

Sa journée commence entre 7 heures et 7h30, par des visites à domicile comprenant des soins mais aussi des prélèvements, sur les communes de Bouffémont, Baillet, Montsoult, Chauvry, Moisselles, Belloy-en-France et Domont. « Nous sommes trois IDE au cabinet, situé à Bouffémont, indique-t-elle. En effet, même si la majorité de notre activité se pratique à domicile, nous avons l'obligation d'avoir un cabinet, et de travailler dans notre secteur géographique. » Ce cabinet est ouvert tous les jours de 17 heures à 17h30, car les patients doivent être libres de se déplacer pour leur prélèvement plutôt que de le faire réaliser à leur domicile. « Mais la majeure partie de notre activité sur place consiste en la vaccination contre la grippe, précise Cécile Stobac. Les patients ne se déplacent pas autrement, à moins que le cabinet ne soit situé à proximité d'une gare ou sur leur trajet pour aller au travail, ce qui n'est pas le cas du nôtre. »

Respecter le choix des patients

Le cabinet infirmier de Bouffémont fait partie d'une structure pluridisciplinaire comprenant deux médecins, deux kinésithérapeutes et une psychologue. « Légalement, il est interdit de faire de la publicité pour un cabinet plutôt qu'un autre, donc les professionnels de santé concernés (médecins, pharmaciens, biologistes) à qui les patients demandent l'adresse d'un cabinet infirmier donnent l'ensemble des contacts existants sur la commune ou aux alentours, explique Cécile Stobac. Cela permet de respecter le choix des patients, qui peuvent aussi nous trouver dans les Pages Jaunes, ou par le bouche-à-oreille. »

Sur le secteur des sept communes couvertes par le cabinet de Cécile Stobac, il existe deux laboratoires de biologie médicale, tous deux situés à Domont. « Nous ne fonctionnons qu'avec l'un des deux, car c'est le seul qui ait un coursier, ce qui nous facilite beaucoup les dépôts et les transports, précise-t-elle. Quand j'ai des patients qui préfèrent passer par l'autre laboratoire, je leur demande d'aller déposer tout de suite leurs prélèvements dans celui-ci, sinon, je les oriente vers un autre cabinet d’infirmières. »

Faire le lien entre le laboratoire et le patient... et vice-versa

Le 22 janvier 2013, le laboratoire Laurin de Domont, avec lequel travaille le cabinet de Cécile Stobac, a fusionné avec trois autres laboratoires, dans la logique de regroupement à laquelle pousse la réforme de la biologie. L’infirmière explique le changement à chacun de ses patients, et leur indique ainsi qu'ils devront aller au laboratoire pour remettre à jour les données de leur carte vitale, ces informations ayant été perdues avec le changement de logiciel.

Car si la réforme de la biologie a modifié l'activité des biologistes, elle a aussi changé celle des infirmières, en particulier pour ce qui concerne la traçabilité des prélèvements. « Nous utilisons maintenant une fiche de traçabilité, spécifique au laboratoire, et qui comporte plusieurs renseignements : date du prélèvement, heure, identité du préleveur, noms et coordonnées du patient, type de prélèvement, explique Cécile Stobac. Cette fiche constitue le gros du changement : elle permet certes de limiter les erreurs mais elle augmente aussi notre temps de présence au domicile du patient, et ce sans rémunération complémentaire pour nous. »

Transport : coursier ou infirmière ?

Toujours concernant la traçabilité, trois emballages sont obligatoires : le tube en lui-même (qui doit comporter les nom, prénom et date de naissance du patient), la pochette plastique (qui contient dans une poche le tube et dans une autre la fiche de traçabilité), et la mallette de l'infirmière, à laquelle s'ajoute une glacière en été.

Plusieurs solutions sont possibles pour amener ces prélèvements du domicile du patient au laboratoire : l’infirmière peut les déposer elle-même au laboratoire, mais elle peut aussi les amener dans une pharmacie du secteur où le coursier viendra les chercher (et y ramènera les résultats). Concernant le cabinet de Cécile Stobac et le laboratoire Laurin, une solution supplémentaire a été trouvée : l’infirmière dépose les tubes dans le foyer logement Les Myosotis à Bouffémont, où le coursier vient les chercher avant de les amener au laboratoire. Il dépose en retour les résultats directement dans les boîtes aux lettres des patients résidents.

Soins de proximité

Nombre de patients prélevés à domicile, auraient des difficultés à se rendre au laboratoire, en particulier quand ils sont âgés et que le prélèvement doit être effectué tôt le matin à jeun, d'où l'intérêt de cette collaboration étroite entre infirmières et biologistes. Mais il ne s'agit pas du seul avantage. Pour Cécile Stobac, il n'y a par exemple aucune difficulté à venir au laboratoire pour prendre du matériel de prélèvement dès qu'elle en a besoin, grâce à sa proximité avec le biologiste, ou à le contacter si elle expérimente des difficultés de prélèvement avec un nouveau type de matériel. Le laboratoire, que ce soit au niveau des secrétaires, des techniciens ou du biologiste, peut en retour l'appeler à la moindre question. « Par ailleurs, nous collaborons aussi, de façon plus directement médicale, au sujet des taux de prothrombine quand les patients sont sous anticoagulants, indique-t-elle. Si, à l'occasion d'un de mes prélèvements, le biologiste réalise que les plaquettes sont trop basses, il me prévient, et je suis susceptible de conseiller au patient de diminuer son traitement, et d'appeler rapidement son médecin traitant pour avoir confirmation. Je peux aussi décider, dans certains cas assez rares, de réaliser un prélèvement pour lequel il n'y a pas de prescription. Si une plaie suppure ou sent mauvais, s'il y a un saignement, je peux décider de faire un prélèvement supplémentaire, plutôt que d'attendre deux jours de plus que le médecin voit son patient. Dans ce cas, je préviens le médecin traitant et le laboratoire, ainsi que le patient bien sûr. Cette coopération entre plusieurs professionnels de santé se fait au bénéfice du patient, qui ne peut pas toujours joindre aussi vite que nécessaire le médecin, surtout dans notre territoire sous-doté. »

Convention ?

La réforme de la biologie affecte aussi les infirmières, qui se sont mises en grève une semaine en mars 2012, pour protester contre les difficultés faites à leur autorisation de prélèvements. La convention proposée par le Fédération nationale des infirmiers (FNI) et le Syndicat des biologistes (SDB) (cf article suivant) devrait apaiser les tensions. « De notre côté, nous attendons les discussions des biologistes suite à la fusion du laboratoire Laurin avec trois autres, avant de discuter avec eux de la signature de cette convention », conclut Cécile Stobac.

Fabienne Rigal