Le réseau LBI alerte sur la financiarisation du secteur

La vie du réseau

©Svitlana Hulko-istock

Les deux tiers des français et les trois quart des médecins s’inquiètent de la financiarisation du secteur de la biologie médicale, selon un sondage Ipsos mené début avril à l’initiative du réseau Les Biologistes Indépendants (LBI), qui tire aujourd’hui la sonnette d’alarme sur ce phénomène toujours croissant.

« Il y a 20 ans, il n’existait pas de groupes financiers dans les laboratoires de biologie médicale (LBM). En 2022, ils ont pris 67% du marché français. Nous voulons vous alerter car nous sommes tous concernés » introduit Dominique Lunte, président du réseau LBI (650 sites de laboratoires, 1000 biologistes médicaux, 80 000 patients par jour) lors d’une conférence de presse donnée le 5 mai 2022. Une étude Ipsos menée fin mars-début avril à l’initiative du LBI auprès de 400 médecins généralistes et plus de 1000 Français de plus de 18 ans met en évidence que 4 médecins sur 10 et près d’un tiers des Français interrogés considèrent que l’accessibilité aux LBM s’est détériorée en cinq ans. La grande majorité des personnes inclues dans ce sondage ont conscience que les LBM sont de plus en plus rachetés par des grands groupes, « une tendance que 67% des français et 75% des médecins considèrent comme négative, l’assimilant à une réduction des moyens techniques et humains au profit de la rentabilité » met en avant Dominique Lunte.

Des difficultés pour réaliser les analyses médicales urgentes

« Deux éléments m’ont frappé » relève Etienne Mercier, directeur du pôle opinion d’Ipsos lors de la présentation des résultats : « D’une part, le système fonctionne encore à peu près mais se grippe lors des échanges médecins-laboratoires, notamment en cas d’urgence. D’autre part, les patients se sentent mal informés et mal accompagnés, à l’inverse de la volonté prônée par les autorités de santé de placer le patient au centre du système de soins ». Ainsi, pour une médecin sur deux et un patient sur trois, il est difficile de trouver un laboratoire pour réaliser des analyses médicales urgentes. De plus, beaucoup de patients disent rencontrer des difficultés lorsqu’ils viennent faire des analyses médicales : longs délais de réalisation (plus d’un médecin sur deux disent avoir déjà vécu un retard dans la réalisation d’examens médicaux faute de temps du personnel qui a entrainé un retard de diagnostic ou de prise en charge) ou dysfonctionnements en termes de communication (si les trois quart des médecins s’estiment satisfaits de leurs échanges avec les LBM, la moitié d’entre eux estime que ces derniers ne communiquent pas suffisamment avec les patients).

Une perte de contact humain ?

Cette étude met en évidence qu’un français sur deux a déjà rencontré des situations de stress, d’incompréhension, de souffrance voire de peur lors de la réalisation d’examens médicaux. « Les français et les médecins attendent des LBM qu’ils prennent des mesures pour accompagner le patient sur toute la durée de son parcours » résume Etienne Mercier. « La financiarisation ce n’est pas franchement le problème du patient, son problème c’est la qualité des soins. Ce n’est pas forcément sur l’accès technique mais sur le contact humain que nous avons beaucoup d’inquiétudes » surenchérit Jean-François Thebaut médecin cardiologue, vice-président de la fédération française des diabétiques et ancien membre du collège de la HAS. « Avant, les résultats étaient très souvent remis par le biologiste, qui intervenait lorsqu’il y avait un problème. Maintenant, avec les résultats par internet, nous n’avons plus aucun contact pour nous expliquer ce qui est écrit en gros en gras et qui fait peur » témoigne-t-il.
Selon ce sondage Ipsos, 59% des médecins et 70% des patients interrogés feraient davantage confiance aux laboratoires indépendants pour réaliser leurs analyses. Pourtant le pourcentage de biologistes indépendants en France ne cesse de se réduire (15% de biologistes appartenant au réseau LBI et 9,3% de biologistes indépendants selon notre dernière analyse). 

Un appel aux responsables politiques

Face à ce constat, le réseau LBI tire la sonnette d’alarme et demande à renforcer la législation en vigueur. Cette dernière « impose en effet que plus de la moitié du capital et des droits de vote d’une société d’exercice libéral (SEL) soit détenue par les professionnels de santé exerçant dans la SEL ; les non-biologistes étant limités à 25 % du capital. Mais depuis 2001, des biologistes n’exerçant pas dans une SEL identifiée peuvent y être majoritaires. Cela a permis à des fonds financiers d’utiliser des sociétés de biologie étrangères qu’ils contrôlent pour prendre des participations majoritaires dans des laboratoires hexagonaux. Par ailleurs, l’utilisation de mécanismes de contournement -comme les actions de préférence- leur ont permis de contourner la limite des 25 %, les rendant de facto en dehors de la règle commune, provoquant une distorsion des règles d'exercice de la profession. Alors qu’un nouveau quinquennat s’ouvre aujourd’hui, Les Biologistes Indépendants appellent les responsables politiques à prendre la mesure de la situation et de son caractère d’urgence, pour prendre les mesures nécessaires » détaillent Dominique Lunte et Sylvain Gabuthy, directeur du développement du réseau LBI. Second levier d’action : l’intégration des jeunes biologistes « Les jeunes ont toute leur place à prendre. Le modèle économique des laboratoires indépendants en fait des entreprises agiles avec un centre de décision proche du centre d’action, attractives pour les générations futures de biologistes » projette Dominique Lunte.

N.B-S.