Etude KPMG : Laboratoires d’analyses médicales : la deuxième vague d'investissements commence

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Crédit photo : © KPMG

Après la première vague d'opérations d'investissements, qui n'a pas encore produit les bénéfices escomptés, une seconde vague d’investissements se prépare, selon KPMG. Selon ce cabinet, « cette nouvelle étape pourrait constituer une réelle opportunité pour les laboratoires d'analyses médicales français. »

Les laboratoires du secteur privé couvrent aujourd'hui le marché des analyses médicales hors établissements de soins, d’une valeur de 4,3 Mds d’euros, et fournissent des services au sein des hôpitaux privés. Le marché des laboratoires d'Hôpitaux représente lui environ 2,9 Mds€, selon KPMG. La sous-traitance pour les laboratoires d’hôpitaux publics est une pratique courante à travers l’Europe, sur les marchés anglais, allemands et espagnols, mais selon KPMG, « ce segment ne représente pas une opportunité significative en France à ce jour. » Cependant, « la pression sur les laboratoires publics (en particulier dans les plus petits hôpitaux) devrait créer davantage d’opportunités dans le futur. »

Un premier mouvement de consolidation

Le rapport Ballereau (Septembre 2008) a marqué le début de la vague actuelle de consolidation du marché. La réforme de la législation en 2010 a réduit un certain nombre de restrictions à la consolidation et a aidé les groupements à construire une structure opérationnelle en étoile avec des sites de laboratoires locaux convertis en centres de collecte, entourant un plateau technique régional capable de traiter les volumes combinés de chacun des centres de collecte.

Un encadrement législatif plus souple, des pressions tarifaires et l’évolution vers un système d’accréditation obligatoire ont contribué à un mouvement de consolidation significatif dans le secteur, estime KPMG. Le graphique ci-après – tiré de l’étude KPMG - illustre cette consolidation sur le marché en 2014 par rapport à 2010.

Crédit photo : © KPMG

Le marché français est progressivement en train de passer d’un secteur constitué de structures artisanales de petite taille à un outil industriel d’envergure. Cependant, la France se différencie des autres marchés européens plus industrialisés tels que l'Allemagne, l'Espagne et la Belgique.

Le cadre réglementaire limite en effet la capacité à créer des plateaux techniques de très grande envergure. Selon KPMG, « le modèle français reste celui des "petits" plateaux techniques, ne traitant souvent pas plus de 1 500 à 3 000 dossiers par jour. Cependant, les structures en étoile bien organisées récoltent les bénéfices de leur modèle opérationnel avec des niveaux de rentabilité bien au-delà du double de la moyenne du secteur pour les plus performantes, et au-delà de 20 % pour les consolidateurs de grande envergure. »

La question de l’accréditation ISO est un élément clé de la récente législation. Elle reste un élément sensible, selon KPMG. La France accuse encore un léger retard, mais la loi a été promulguée et le gouvernement a décidé d’imposer l’accréditation obligatoire d’ici 2020. De ce fait, KPMG, préconise des augmentations de « coûts d’investissement et de frais de fonctionnement pour les laboratoires », insistant sur le fait que cette mesure « constituera un facteur supplémentaire de consolidation. »

Evolutions du secteur

Les estimations de KPMG suggèrent ainsi que le nombre de plateaux techniques, qui a diminué de 500 entre 2012 et mi-2014, passant ainsi de 1700 à 1200, diminuera à nouveau « d’au moins 400 plateaux techniques dans les trois prochaines années. »

Les pouvoirs publics ont tout de même mis des freins à une trop forte concentration du secteur.

En 2013, le mouvement de libéralisation de la biologie médicale a été freiné par une réglementation abordant la problématique capitalistique et la ‘financiarisation’ perçue du secteur. La loi du 30 mai 2013 abroge en effet l’article 5-1 de la loi du 31 décembre 1990 et stipule que les biologistes en exercice de chaque entité juridique doivent conserver la majorité des droits de vote et des droits économiques. Dans ce contexte, Alexandre Arbabe, avocat associé, de Fidal, rappelle « qu’il est désormais nécessaire de mettre en place une structure de transaction et un système de gouvernance plus innovants et de faire appel à des conseils expérimentés. »

« Le contexte réglementaire français est sans doute le plus contraignant parmi les marchés européens », Il est hautement complexe et, et en évolution constante au cours des dernières années. Des contraintes de part de marché existent : les parts de marché supérieures à 25 % doivent être approuvées par les Agences régionales de santé et celles supérieures à 33 % sont interdites. De plus, il existe toujours des contraintes portant sur l’externalisation, ce qui signifie que la capacité à créer des ‘super-structures’ est limitée à un certain degré.

Dans ce contexte, les opportunités de croissance devraient se limiter aux plus grands laboratoires, capables d’investir à l’étranger, ou de proposer la prise en charge d’examens provenant de structures hospitalières, sous la pression de contraintes de gestion.

Selon KPMG, « les bénéfices inhérents à la taille des structures, la pression et le besoin accrus des acteurs de consolider le marché, et l’accès au capital pour les petits laboratoires devraient donc accélérer le rythme de la consolidation et accentuer les difficultés des plus petits acteurs. »

La rédaction