Quelle place pour la prévention ?

Prévention

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Doit-on passer d’une médecine curative à une médecine préventive ? Un économiste, des médecins, un biologiste et un représentant d’une association de patients s’interrogent lors une table ronde organisée par Roche Diagnostics France le 29 juin.

La prévention est le premier maillon de la chaîne, avant le dépistage, le diagnostic et le traitement. « Prévention primaire (comment rester en bonne santé) et prévention secondaire (dépistage) sont souvent confondus. Il faut pourtant agir très en amont, afin de préserver notre capital santé » décrit le docteur Christophe de Jaeger, fondateur de l’Institut de la Prévention à Paris. Mais quelle est la place de la prévention dans notre système de santé aujourd’hui et à l’avenir ? C’est la question que se sont posés les intervenants de la table ronde « Tester sa santé : une priorité individuelle et de santé publique » organisée par Roche Diagnostics France le 29 juin 2021.

Vers de plus en plus de personnalisation

« Avec la crise Covid, pour la première fois nous avons transformé les patients en auto-prescripteurs, la prescription du médecin n’étant plus nécessaire pour effectuer un test PCR de dépistage, décrit le docteur Laurent Kbaier, Biologiste médical, Biogroup. Cela a accéléré une tendance de fond, de plus en plus de patients se présentant sans prescription au laboratoire déjà avant la crise. Les gens veulent reprendre leur santé en main » (sur ce sujet, lire « Comment faire face à la demande croissante d’auto-prescription ? »). « De plus en plus de scores apparaissent, permettant de faire de la prévention. Ils sont mesurables, donc constituent un levier de motivation important pour le patient » ajoute-t-il. « La prévention va se personnaliser de plus en plus. L’avenir est par exemple dans biopsie liquides, pour rechercher des cellules tumorales circulantes ou de l’ADN de cellules tumorales » projette Laurent Kbaier. « Le Covid a terriblement sensibilisé les gens à leur capital santé » partage le docteur Christophe de Jaeger. « A l’Institut de la prévention, nous proposons deux types de bilans : ceux de première intention (prévention secondaire : hématologie, inflammation, régulation glycémique, fonction rénale, fonction hépatique, fonction pancréatique, nutrition…) et ceux de seconde intention (prévention primaire : stress oxydant, glycation, nutrition avancée, mesure des télomères, de la méthylation de l’ADN…) » décrit-il.

Des freins encore bien présents

« Si les médecins généralistes prescrivent régulièrement les bilans de prévention secondaire, ce n’est pas le cas de ceux de prévention primaire, principalement parce que l’interprétation de ces bilans pour la prise en charge n’est pas encore bien connue » commente docteur Jennifer Franco, médecin généraliste, citant l’exemple de la vitamine D, pour laquelle le niveau de supplémentation en fonction du résultat du dosage n’est pas déterminé. « En revanche, je prescrit de la vitamine D systématiquement à mes patients à l’automne » précise-t-elle. Mais « la demande de bilans de prévention est surtout présente chez les populations aisées financièrement » témoigne-t-elle. « Sur les examens non remboursés, il y a un réel frein financier » constate Jennifer Franco. De plus, même sur les examens remboursés, le risque d’absence de dépistage chez certaines populations peu informées, par exemple habitant dans des déserts médicaux est réel, comme le souligne Coralie Marjollet Présidente de l’association de patients Imagyn, prenant l’exemple du dépistage du cancer du col de l’utérus : « certaines femmes sont dépistées beaucoup trop tard. Il fait faire attention à ne pas se retrouver avec un système à deux vitesses ». Et de manière générale, la prévention reste peu remboursée, puisqu’aujourd’hui « 98% des dépenses de santé sont des dépenses de soin. Il ne reste donc que 2% pour la prévention constate Frédéric Bizard, économiste en santé. La question majeure est : économiquement, comment faire la bascule d’une partie des dépenses de l’aval vers l’amont ? »

NBS