Médicaments et grossesse

Prévention

Pour sécuriser l’utilisation des médicaments pendant la grossesse, l’ANSM lance une campagne de communication multicanal à destination des futures mamans et de leur entourage. Elle les incite à solliciter tous leurs professionnels de santé.

Chaque année, la France compte plus de 800 000 naissances. Plus de 90% des femmes enceintes ont une prescription pour au moins un médicament au cours de la grossesse. Les dangers de la prise de médicaments pendant cette période restent sous-estimés par les femmes même si huit sur dix sont conscientes que la prise de médicament est déconseillée de manière générale pendant la grossesse. La moitié des femmes seulement savent que la consommation médicamenteuse est plus risquée au premier trimestre que par la suite. Pourtant autour d’un millier de malformations chez des nouveau-nés sont dues aux médicaments chaque année en France.

L’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) lance donc une campagne de sensibilisation des femmes et de leur entourage. « Cette opération inédite pour l’ANSM vise à sécuriser l’utilisation des médicaments pendant la grossesse, permettre une décision éclairée de la future maman, inciter au dialogue avec les professionnels de santé et favoriser le bon usage du médicament, en particulier en cas de pathologie chronique » détaille le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale de l’ANSM.
L’ANSM identifie trois populations de femmes à sensibiliser particulièrement : celles ayant un projet de grossesse concret dans l’année (faible niveau d’information), celles enceintes de leur deuxième enfant ou plus (pratiques d’automédication importantes) et celles déclarant prendre un traitement régulier prescrit sur ordonnance dont un tiers a déclaré avoir arrêté sans avis médical les médicaments prescrits (enquête réalisée par l’institut Viavoice, lire encadré).
La campagne de communication de l’ANSM signée « Enceinte, les médicaments, c’est pas n’importe comment ! » lancée le 02 juin 2021 développe quatre règles d’or :
-       Préparer sa grossesse avec son médecin ou sa sage-femme.
-       Pas d’automédication.
-       Ne jamais arrêter seule un traitement prescrit.
-       Informer tous les professionnels de santé consultés de sa grossesse.

« Les professionnels de santé sont un maillon essentiel de cette campagne, souligne Christelle Ratignier-Carbonneil. Nous avons travaillé les contenus et les outils avec leurs représentants ». Médecins généralistes, pharmaciens, gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, maternités, laboratoires de biologie médical reçoivent un e-mailing et des affiches
Cette opération se déploie jusqu’à la fin de l’année auprès du grand public principalement sous forme digitale. Des vidéos pédagogiques, des interviews d’experts sont diffusées sur YouTube et sur les réseaux sociaux. Des bannières sur un ton humoristique renvoient vers le site dédié medicamentsetgrossesse.fr.

Les femmes insuffisamment informées
Seules trois femmes sur dix se sentent suffisamment informées sur les risques liés à la prise de médicaments pendant la grossesse, selon une enquête réalisée par l’institut Viavoice. Des risques méconnus contrairement à ceux dus à l’alcool, au tabac, au cannabis que 70% des femmes disent connaître. « Mais attention à ne pas diaboliser le médicament, met en garde la directrice de l’ANSM. Il ne s’agit pas de dire zéro médicament comme zéro alcool et zéro tabac. Les femmes doivent acquérir le réflexe d’échanger avec les professionnels de santé au moment d’un projet de grossesse ou quand elles se savent enceintes afin de décider en connaissance de cause de la poursuite ou non d’un traitement ». Or seulement 13% estiment qu’elles doivent annoncer leur grossesse à un professionnel de santé dans les trois premiers mois selon l’enquête Viavoice. Et 36% des femmes interrogées estiment qu’il faut stopper tout traitement dès le début de la grossesse. Plus d’un tiers des femmes enceintes prennent des médicaments de leur propre initiative (le plus souvent de l’automédication mais parfois aussi des médicaments anciennement prescrits) et quatre sur dix n’ont pas pris conseil auprès d’un professionnel de santé. Le sentiment d’une prise de risque, que ce soit pour elle-même ou pour son bébé, est globalement faible.

J.S.