GHT : quel bilan en 2022 ?

Perspectives

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Six ans après leur création, les groupements hospitaliers de territoire affichent une grande disparité dans la mutualisation des moyens techniques comme humains.

La loi de modernisation du système de santé de janvier 2016 a changé le paysage hospitalier français en créant les groupements hospitaliers de territoire (GHT). Ce mode d’organisation, obligatoire, a été imaginé pour « permettre à des établissements de mettre en oeuvre une stratégie territoriale de prise en charge commune et graduée du patient dans le but d’assurer une égalité d’accès à des soins sécurisés et de qualité », expliquait alors le ministère de la Santé. Une manière donc de rationaliser l’offre hospitalière selon les spécificités territoriales avec en arrière-plan une volonté de réduire les coûts des prises en charge hospitalières. Dans les faits, la mise en oeuvre de ces GHT a souvent été plus compliquée que le législateur avait bien voulu l’imaginer...

L’importance du facteur humain

Pour exemple, les centres hospitaliers de Juvisy, Longjumeau et Orsay ont fonctionné en GHT jusqu’en 2018, date à laquelle ils ont fusionné formant le groupe hospitalier Nord-Essonne. « Les bénéfices attendus du GHT étaient bien supérieurs à ce qui s’est réellement passé » témoigne Vincent Esteve, biologiste hospitalier, chef de service de biologie et du pole médico-technique du groupe hospitalier Nord-Essonne. « Les choses n’ont vraiment commencé à bouger qu’après la fusion, et pourtant notre GHT bénéficiait déjà d’une direction commune, souligne-t-il. Nous sommes passés à un seul laboratoire multi-site avec des activités dispatchées. La fusion rendait cette restructuration obligatoire ce qui n’est pas le cas du GHT. Le caractère contraignant a fait, dans notre cas, toute la différence ». Le praticien pointe des relations compliquées entre établissements, en partie liée à la « hiérarchie » ressentie entre l’établissement dit « support » du GHT et les autres. « Le facteur de succès de ces regroupements reste principalement humain » constate-t-il.

Une réelle dynamique de regroupement

Marie-Hélène Tournoys, biologiste au CH de Béthune inclus dans le GHT de l’Artois, rappelle que chaque région a géré de manière indépendante le déploiement des GHT, ce qui a pu nourrir les disparités qui persistent aujourd’hui, notamment dans les modes d’activité des laboratoires de biologie médicale. « En utilisant les données disponibles, notamment sur le site du COFRAC (Comité français d’accréditation), je dirais qu’il existe aujourd’hui une vingtaine de laboratoires pour lesquels les activités ont été mises en commun, et environ le même nombre structurés en GCS (groupement de coopération sanitaire) face à 160 centres hospitaliers restés avec un laboratoire indépendant. Si cette indépendance reste majoritaire, il ne faut pas nier une réelle dynamique de regroupement, même si elle prend des formes différentes selon les sites ». Un rapport de 2019 de l’Inspection générale de la santé (IGAS) estimait que les GHT étaient alors « au milieu du gué », la majorité d’entre eux étant encore « en chantier ». Un constat inchangé trois ans plus tard.

Mettre les gens autour de la table

« Si le processus prend du temps, c’est que nous voulons bien faire les choses, souligne le Dr Hervé Vermeulen, chef du service de Biologie médicale du Centre hospitalier de Calais, associé à celui de Boulogne-sur-mer au sein du GHT Côte d’Opale. Ici nous sommes encore aux balbutiements d’un projet de fonctionnement commun. Il faut comprendre que regrouper des laboratoires en milieu hospitalier n’implique pas les mêmes enjeux et donc les mêmes solutions que pour les laboratoires privés ». Le Dr Hervé Vermeulen a l’expérience des deux types d’exercice de la biologie médicale et illustre : « Pour les laboratoires de CH, le plateau technique n’est pas l’option obligatoire. Il y a un panel d’analyses dont un hôpital ne peut se passer. Nous ne pouvons pas échanger les examens élémentaires, comme les NF (numération formule) par exemple qui doivent être rendues en deux heures ». Les CH de Calais et Boulogne-sur-mer présentent la particularité d’être de taille à peu près équivalente avec des expertises spécifiques dans chacun des laboratoires où une réflexion est en cours sur une possible future mise en commun d’équipements qui pourraient ainsi être mieux utilisés. « Nous avons par exemple certains automates très performants qui sont utilisés en deçà de leurs capacités. Il en va de même pour les machines de PCR à haut débit acquises durant la pandémie, relève le Dr Vermeulen. Nous étudions donc toutes les pistes pour créer un partage des compétences qui permettent de conserver nos savoir-faire tout en améliorant le service médical rendu dans notre bassin de vie commun ». Pour le biologiste, les GHT ont le mérite de « mettre les gens autour de la table », un passage obligé pour imaginer de nouvelles modalités de travail. « Seul on va plus vite, mais à plusieurs on va plus loin », conclut-t-il optimiste.

La rédaction