Antibiogramme : gestion de la zone d'incertitude technique

Techniques

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Pour certains couples bactéries-antibiotiques, il existe des zones où la reproductibilité des résultats n'est pas bonne ; il s'agit des zones d'incertitudes techniques (ZIT). Quelle est la conduite à tenir pour le microbiologiste, confronté à une ZIT ? Quelle réponse apporter au clinicien ?

De nombreuses incertitudes techniques peuvent intervenir lors de l’interprétation d’un antibiogramme : elles sont liées à la pratique (maîtrisables grâce à la standardisation de l’analyse des risques) ou encore à des problèmes de lecture (microcolonies, traînées de cupules). « Dans l‘antibiogramme, il existe une incertitude de mesure intrinsèque, comme dans toute mesure. Les laboratoires les mieux entraînés obtiennent dans 90 à 95 % des cas la valeur cible de CMI (concentration minimale inhibitrice) ± 1 dilution, la valeur cible de diamètre ± 2 mm », a affirmé Gunnar Kahlmeter dans plusieurs présentations diffusées au nom de l’Eucast (European committee on antimicrobial susceptibility testing). Mais indépendamment de ces incertitudes, pour certains couples bactérie/antibiotique, il existe des zones de mesure où la reproductibilité ou la concordance diamètre d’inhibition/CMI n’est pas suffisante, et ceci « pour des raisons indépendantes de la technicité du laboratoire », précise le Pr Audrey Merens, microbiologiste à l’hôpital Bégin et membre du Comité de l’antibiogramme de la Société française de microbiologie (CA-SFM). « Attention, cette zone d’incertitude technique (ZIT) ne constitue pas une quatrième catégorie de sensibilité et n’a pas non plus pour but de pallier une mauvaise performance méthodologique ou une mise en œuvre inadaptée de la méthode », souligne-t-elle.

Les cas où la ZIT est justifiée

Si la définition d’une ZIT ou ATU (Area of Technical Uncertainty) ne se justifie pas dans de nombreux cas, elle s’avère nécessaire pour plusieurs couples bactéries-antibiotiques, définis dans la version 2019 de l’Eucast 1 et qui seront intégrés dans les recommandations du CA-SFM 2020. Les bactéries concernées sont les suivantes : Enterobacterales (amoxicilline-acide clavulanique, pipéracilline-tazobactam, ceftaroline, ciprofloxacine) ; Pseudomonas aeruginosa (pipéracilline-tazobactam, ceftazidime-avibactam, colistine) ; Staphylococcus aureus (ceftaroline, ceftobiprole, amikacine), S. epidermidis (céfoxitine) et H. influenzae (ampicilline, amoxicilline-acide clavulanique, pipéracilline-tazobactam,céfépime, céfotaxime, cefpodoxime, ceftriaxone, céfuroxime, imipenème). Certaines ZIT seront ajoutées par le CA-SFM pour des bactéries anaérobies.
 

Retrouvez l'intégralité de cet article issu de Biologiste Infos n°105 (pg 28-29) ici