Une piste prometteuse pour traiter les formes les plus agressives du cancer de l’ovaire

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Grâce aux travaux menés à l'Institut Curie par l'équipe de Fatima Mechta-Grigoriou, directrice de recherche Inserm, il est désormais envisageable d'identifier, parmi les femmes atteintes de cancer de l'ovaire agressif, celles qui pourraient bénéficier d'une thérapie ciblée prometteuse.

Le cancer de l'ovaire est une maladie silencieuse dotée d’un mauvais pronostic qui nécessite, de toute urgence, de nouvelles stratégies thérapeutiques. « 75 % des cancers de l'ovaire sont de haut grade, soit très agressifs », explique Virginie Mieulet, post-doctorante, au laboratoire « Stress et Cancer » de l’Institut Curie à Paris. « Le profil des mutations diffère entre les tumeurs de bas et de haut grade. Si l'on prend l'exemple des altérations des oncogènes KRAS/BRAF, elles sont présentes dans 70 % des tumeurs peu agressives et seulement dans 1% des tumeurs agressives »,poursuit-elle.

Bien qu'il n'y ait pas de mutations de KRAS/BRAF, la voie MEK est activée dans 50 % des tumeurs ovariennes de haut grade. Dans des tumeurs de l'ovaire de bas grade, des mutations du gène BRAF activent constitutivement la voie de signalisation des kinases MEK en aval. Virginie Mieulet et Fatima Mechta-Grigoriou ont démontré qu'une MAP3K supplémentaire, la MAP3K8 (TPL-2 / COT), s’accumulait dans des carcinomes de l'ovaire séreux (HGSCs) et serait un marqueur pronostique potentiel de ces tumeurs.

En combinant des analyses sur des cohortes de patients HGSC, les cellules cancéreuses de l'ovaire et de xénogreffes dérivées de patients, elles ont montré que MAP3K8 contrôlait la prolifération des cellules cancéreuses et la migration par la régulation des acteurs clés dans transition G1/S et d'adhérence dynamique. En outre, elles ont démontré que la voie MEK était la principale voie impliquée dans la médiation fonction MAP3K8, et que MAP3K8 présentait une valeur prédictive fiable pour l'efficacité du traitement de l'inhibiteur MEK. « La protéine MAP3K8 pourrait servir de biomarqueur pour identifier les patientes susceptibles de bénéficier d'une thérapie par inhibiteur de MEK, ajoute Fatima Mechta-Grigoriou, directrice de recherche Inserm. D'autant plus que sa détection peut être réalisée assez simplement à partir d'une coupe histologique par nos collègues médecins pathologistes. »

Alors que des essais cliniques sont déjà en cours pour évaluer les inhibiteurs de MEK dans les cancers de l'ovaire de bas grade, tout semble concourir à montrer l'intérêt de développer un essai clinique chez les femmes atteintes de cancer de l'ovaire de haut grade surexprimant MAP3K8 pour évaluer l'efficacité de cette thérapie ciblée, en plus des chimiothérapies classiques.

La rédaction avec l’Inserm