Point de vue de Gerard Vanca, PDG de For-Age

Point de vue

Biologiste infos
Crédit photo : © For-Age

Alors que la biologie médicale est en pleine mutation, Biologiste infos a recueilli le point de vue de Gerard Vanca, PDG de For-Age sur les évolutions des laboratoires en matière de pré-analytique et sur la forme que prendront les laboratoires sur la ligne d’arrivée.

For-Age développe des logiciels informatiques et possède une activité de consulting dans le secteur médical et médico-social. Gerard Vanca, son PDG, est Ingénieur télécom & réseaux de formation. Il a travaillé chez Ericsson aux Pays-Bas à la fin des années 1970, puis est arrivé en France dans les années 1980, exerçant son activité dans le monde médical, au CHU de Besançon. Il a ensuite créé la société For-Age [prononcée 4H = Help and Health at Home and Hospital] en 1990, dont l’activité est répartie entre le monde médical (80 %) et les administrations et collectivités (20 %).La société développe désormais des applications innovantes basées sur la mobilité, la traçabilité et le temps réel pour le monde de la santé.Gerard Vanca retrace l’évolution de sa société.

1)      Présentation de la société For-Age

En 2010, nous nous sommes recentrés sur le développement de projets concernant la gestion de mobilité, que nous avons séparée de l’activité de consulting. Soutenus par Oseo Innovation, nous avons créé un logiciel de gestion de l’activité Nomade pour mieux gérer les tournées et justifier le service effectué. Il était adapté aux services de soins infirmiers à domicile et à l’hospitalisation à domicile. Fin février 2012, suite à l’approche de biologistes qui souhaitaient collaborer avec nous, nous avons mis au point avec eux une application spécifique, Biotrack, permettant d’identifier les échantillons et d’associer les données de temps de transport au dossier du patient. Elle assure au biologiste la maîtrise des conditions de transport des échantillons du lieu de prélèvement externe jusqu’au laboratoire.

2)      Quelles sont les spécificités du marché français de la biologie médicale dans le domaine pré-analytique par rapport aux autres pays européens ?

Notre regard est encore neuf et nous avons peu de recul, mais tous les sites de biologie médicale ont besoin de maîtriser les conditions de transport de leurs échantillons. Nous avons d’abord développé une solution logistique pour la France et travaillons également sur une version suisse et nous sommes en cours d’évaluation des marchés anglais, allemands, et BENELUX. En Grande-Bretagne, les laboratoires sont essentiellement publics. Ce sont les ‘phlebotomistes’ qui réalisent les prélèvements et les transports se font par le privé. En France, le prélèvement des échantillons par des infirmières à domicile représente encore 30 à 50 % du flux. De plus, il existe un maillage fin des LBM sur un territoire étendu, avec un grand nombre de laboratoires de proximité. Le transport se fait du domicile au laboratoire mais aussi du laboratoire au plateau technique. Les LBM ont donc besoin de restructurer leur logistique autour du flux de tubes, pour des questions d’économie de moyens et de coûts.

3)      L’obligation d’accréditation a-t-elle engendré des changements dans ce secteur ?

Les laboratoires organisés selon la norme 17025 ne prenaient pas en compte la phase pré-analytique. Elle conditionne pourtant les résultats des examens mais  souffre d’une complexité de l’organisation des flux du fait du grand nombre d’intervenants (infirmières, coursiers, pharmaciens, techniciens). Or, 60 à 80 % des erreurs constatées viennent de la phase pré-analytique. L’obligation d’accréditation selon la norme ISO 15189 a mis en exergue les difficultés existantes de gestion des données et de liaison avec le dossier patient, et a souligné la nécessaire évolution de la gestion artisanale de cette activité. Les biologistes ont mis en ordre la partie qu’ils connaissaient le mieux, la phase analytique. Après l’automatisation et la robotisation de cette phase, commencent désormais l’analyse du mode de fonctionnement de la phase pré-analytique et son informatisation.

4)      L’offre de For-Age a-t-elle évolué face à ces changements de la biologie médicale ?

Notre offre est née avec les regroupements des LBM. Ceux-ci engendrent une mutualisation des moyens nécessitant des restructurations indispensables dans les courses. En effet, si l’effectif des coursiers est réduit, les points de collectes, eux, ne changent pas, ce qui incite à une réorganisation des tournées. Nous sommes alors apparus sur le créneau de l’optimisation de ces tournées afin de réduire le temps et le coût du transport. En supprimant le support papier, en proposant des solutions modulables de gestion de coursiers et la mise en place d’outils simples compatibles avec tous les systèmes informatiques des laboratoires (SIL), ces coûts de transports peuvent être réduits de 10 à 30 % tout en apportant la traçabilité.

5)      Comment réduire les coûts de la phase pré-analytique ?

La réduction des remboursements a engendré comme première réaction  une pression sur les fournisseurs. Pour réduire les coûts tout en augmentant les volumes, il faut suivre les trois règles suivantes : chasser l’inutile (ne pas faire d’économies sur l’inutile), éviter la surqualité et continuer à optimiser les process.

6)      Quels sont les points forts de votre offre ?

Nous allons présenter très prochainement un solveur d’optimisation des tournées qui tiendra compte des tournées récurrentes, des dépôts des infirmières aux points de collecte, des urgences, ainsi que des ressources et des véhicules disponibles, afin d’optimiser le chemin de chaque coursier. Le logiciel sera capable de définir le coursier le plus à même d’effectuer la tournée. Un kilomètre coûte 50 cents plus les salaires et charges, il y a donc des dizaines de milliers d’euros d’économie à réaliser.

Par ailleurs, nous avons volontairement évolué vers un mode SaaS avec un logiciel en tant que service (Software as a Service). Ce concept consiste à proposer un abonnement à un logiciel plutôt que l'achat d'une licence. Il n'y a alors plus besoin d'installer une application de bureau, mais simplement d'utiliser un programme client-serveur. Cela nous permet d’apporter une nouvelle vision financière maîtrisée aux entreprises, et d’intégrer la maintenance, les mises à jour, les améliorations et les changements de serveur, car tout est hébergé dans le cloud. C’est un véritable process qualité pour le laboratoire.

Notre rôle ne se limite toutefois pas à mettre à disposition les outils mais aussi d'accompagner les laboratoires vers une maîtrise de la phase pré-analytique.

7)      Quelles innovations reste-il à prévoir en matière de pré-analytique ?

Ce qui pose problème aux biologistes à l’heure actuelle est le manque d’outils dédiés à cette phase, permettant de maîtriser toutes les contraintes organisationnelles liées à la mise en place de la norme ISO 15189. Il s’agit d’intégrer de nouvelles technologies comme la NFC ou de développer des fonctions pour réduire le temps administratif. Nos axes de recherche et développement portent sur l’intégration de l’ensemble des contraintes du lieu de prélèvement au laboratoire sans toucher au SIL, sur le transfert de données sécurisé découvertes sur le lieu de prélèvement avant l’arrivée du coursier au laboratoire (via une suppression du support papier et l’utilisation de Smartphones et de tablettes avec des codes 2D ou tags NFC), sur l’optimisation des tournées des infirmières salariés, mais aussi sur l’adaptation des outils de suivi des échantillons lors de la sous-traitance entre laboratoires publiques et privés.

8)      Peut-on dire que la biologie médicale en France finira par s’apparenter à celle qui existe dans un autre pays ?

Il est difficile de prévoir ce qu’il se passera. Les textes peuvent encore changer. Les groupements régionaux finiront certainement par fusionner entre eux pour constituer un regroupement et des plateaux techniques plus importants. Le nombre d’interlocuteurs se réduit mais ce n’est pas forcément le cas du marché. À terme, nous nous dirigerons probablement vers un modèle allemand ou suisse tout en gardant la proximité.

E.C.