Un nouveau plateau technique à l’hôpital européen Georges Pompidou

Sur le terrain

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Crédit photo : © EC>

Le 14 juin a eu lieu l’inauguration d’une nouvelle plateforme analytique de biologie à l’hôpital européen Georges-Pompidou.

Elle regroupe désormais l’ensemble des prélèvements de biochimie, de virologie et de pharmacologie et devrait bientôt s’étendre à l’immunologie et à l’hormonologie.

Modernisation à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). Si depuis l’ouverture de l’hôpital en 2000, le pôle de biologie était équipé de la première plateforme biologique automatisée de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), celle-ci se trouvait jusque-là restreinte au niveau analytique à la biochimie. Une limite qui vient désormais d’être levée avec l’arrivée de trois autres disciplines au sein de cette plateforme : la biochimie, la virologie (sérologie) et la pharmacologie. Deux autres secteurs biologiques sont également en cours d’association : l’immunologie et l’hormonologie.

La nouvelle plateforme fonctionne en continu, 24 heures/24, 7 jours/7 avec 5 techniciens de jour et un technicien de nuit. Elle assure ainsi une prise en charge plus rapide et plus fluide des prélèvements, tout en diminuant les délais d’attente, et ce, dans des conditions optimisées et homogènes de traçabilité, de sécurité et de qualité analytique, afin d’améliorer le service rendu au patient et au clinicien. « La volonté provenait du directeur et des biologistes de la plateforme automatisée », explique le Pr Philippe Beaune, chef du service de biochimie de l’HEGP, qui a piloté le projet avec le Dr Michèle Cambillau, responsable de l’UF de biochimie générale l’HEGP. « A la suite du regroupement des analyses de biologie médicale de l’HEGP avec celles des hôpitaux Corentin-Celton et Vaugirard-Gabriel-Pallez, il souhaitait optimiser la prise en charge et l’analyse des prélèvements biologiques. De là nous est venue l’idée d’associer d’autres disciplines et d’autres automates à la plateforme de biochimie existante, afin d’augmenter le flux d’analyses traitées », précise le professeur.

Repenser en profondeur l’organisation du plateau technique

« Alors que nous étions en avance en termes de dossier médical informatisé et de prescription connectée, la robotisation était sous-employée, poursuit le Pr Beaune. Nous avons souhaité améliorer la prise en charge des échantillons et la qualité des résultats tout en dégageant aussi du temps pour nos techniciens afin qu’ils puissent se consacrer davantage à la biologie de référence et à la recherche clinique ».

Grâce à cette nouvelle organisation, le gain de temps de travail pour les techniciens est aujourd’hui estimé à 20-25 %. « Nous sommes un hôpital universitaire, confie le professeur, notre mission consiste à faire de la recherche et à développer de nouveaux marqueurs. Ne pas développer de nouveaux biomarqueurs, c’est négliger la technologie de demain et le soin des futurs patients. » Ces activités nécessitent du temps, « elles ne se pratiquent pas dans l’urgence », souligne le professeur.

Autre aspect sensiblement amélioré, celui de la qualité. Le pôle de biologie réceptionne 3 700 tubes/jour dont 2 500 passent sur la chaîne robotisée. La robotisation a permis de diminuer le temps passé par les techniciens à réaliser une série de tâches peu valorisantes, tout en optimisant la sécurité et la traçabilité des échantillons. « Le personnel s’est recentré sur des tâches plus gratifiantes et le rôle des techniciens s’est réorienté vers la maintenance, la détection de pannes, la vérification technique, le contrôle qualité et la calibration, qui constitue désormais leur cœur de métier », détaille le Pr Beaune. Et pour éviter une routine démotivante, les techniciens sont invités à changer de postes tous les six mois afin de rejoindre régulièrement des activités spécialisées comme la recherche en oncologie moléculaire, la pharmacogénétique ou la prévention du risque cardiovasculaire et la biochimie des lipides. « Notre seule exigence est que tout le personnel participe à la permanence des soins et assure régulièrement les contraintes de 19h et 7h », affirme le Pr Beaune.

Mutualiser les automates des fournisseurs sur cette nouvelle plateforme

Lors de l’inauguration de la nouvelle plateforme, Mireille Faugère, directrice générale de l’AP-HP, a salué « cet objectif d’optimisation et d’ouverture, suivi avec enthousiasme ».

Comme le Pr Beaune, le Dr Michèle Cambillau fait partie des personnes qui se sont fortement impliquées dans ce projet. Elle a souligné l’importance de la multidisciplinarité et de la mutualisation des forces dans la réussite de ce projet, en précisant que : « cela a été possible grâce aux partenariats industriels, aux partenariats avec les instances administratives, à la volonté de mutualisation et à la volonté d’évolution positive de la biologie vers de nouveaux concepts ».

La plateforme réunit en effet sur une chaîne de convoyage unique, les automates de trois fournisseurs : Beckman Coulter, Olympus (aujourd’hui intégré à Beckman Coulter) et Abbott. « Nous disposions d’automates dont nous étions satisfaits donc nous avons tout de suite imaginé des connexions sur une même chaîne de convoyage d’automates provenant de différents fournisseurs, explique le Pr Beaune. La société Beckman Coulter, d’abord réticente, s’est montrée finalement très accommodante. » Ainsi sont connectées deux centrifugeuses, un appareil de biochimie et d’immuno-analyse (Ex-Olympus), deux automates de chimie (DxC, Beckman Coulter) et, deux automates d’immuno-analyse (Dxi 800, Beckman Coulter) et Architect i2000 (Abbott) et un système de stockage des échantillons. Ce dernier comprend un module de stockage transitoire permettant d’attendre la validation technique et la demande d’éventuels tests complémentaires et un second module permettant de trier et de redistribuer des échantillons à d’autres postes.

La plateforme intègre également la prescription connectée avec impression des étiquettes au lit du patient et l’intégration des données dans le dossier médical personnel. « La compatibilité de la chaîne robotisée avec notre système informatique et son intégration dans le système d’information de notre site était une de nos exigences principales », rappelle le Pr Beaune.

Dépasser les réticences du personnel

« La mutualisation a été conçue dans le respect de chaque discipline. Nous réalisons aujourd’hui plus de 90 types d’analyses différentes », détaille le Dr Michèle Cambillau. « La plus grande contrainte a été de reconcevoir une organisation matérielle et humaine. Cela a nécessité une politique d’accompagnement au changement. » Car la mise en place de cette nouvelle plateforme s’est heurtée initialement à une certaine défiance. « Les techniciens de nuit ont été les plus enthousiastes », commente le Dr Cambillau. Avec cette transformation, de nouveaux métiers sont apparus (ingénierie informatique, manager) ainsi de nouveaux concepts dans les métiers tels que la polycompétence ou la mutualisation.

La dissociation entre la réalisation des analyses sur la plateforme et la validation biologique dans les secteurs spécialisés a engendré davantage de craintes chez les biologistes spécialisés, au sujet de la qualité des dosages mais aussi de la facturation des analyses. « Ils ont eu l’impression d’être dépossédés de leurs analyses. Et faire réaliser par d’autres biologistes des examens dont ils ont la responsabilité s’est avéré compliqué. Mais malgré les réticences psychologiques initiales, ils ont accepté ce modèle. Et aujourd’hui, ils ne reviendraient pas en arrière », confie le Pr Beaune. Sur la plateforme de robotisation sont en effet traitées à l’heure actuelle, 40 % des analyses du service de virologie et de 50 % de celles du laboratoire de pharmacologie.

Si des améliorations restent à faire sur la chaîne, concernant l’optimisation du circuit de chaque tube dans un objectif de gain de temps, le plus dur est derrière. Pour preuve, 73 % de l’activité du pôle (dont 85 % d’analyses de biochimie) a été présentée en avril 2013, lors de la première visite du Cofrac. « La visite s’est bien passée mais nous avons eu quelques écarts critiques, notamment en métrologie », explique le Pr Beaune. « Ceux-ci sont à présent rectifiés et nous attendons la réponse du comité d’évaluation. Si tout va bien, nous devrions être le premier laboratoire de l’AP-HP complétement accrédité. »

L’accréditation les a fortement aidés d’un point de vue organisationnel, mais le Pr Beaune admet que le système analytique reste encore à optimiser. « Tout est une question de temps. Il nous a fallu trois ans pour améliorer notre gestion pré-analytique. Si à l’époque, les gens ne se servaient pas de la prescription connectée, aujourd’hui, 85 à 90 % des demandes d’analyses se font grâce à elle », confie le Pr Beaune.

Sans compter que cette organisation pourrait permettre de réaliser de la sous-traitance auprès d’autres laboratoires. Actuellement, 5 à 10 % des échantillons proviennent de l’extérieur, mais le Pr Beaune espère pouvoir augmenter ce pourcentage à l’avenir. « Lorsque nous aurons fini l’optimisation, la capacité de la chaîne sera de l’ordre de 6 000 tubes/jour. Aussi, nous réfléchissons à des collaborations avec les laboratoires de ville et les Ehpad, en dehors de nos pics d’activité », indique-t-il. Et pour ce faire, il faudra connecter le pré-analytique et l’analytique.

Vers une plateforme commune d’analyses et de biobanking d’échantillons

Une discontinuité demeure en effet entre la réception automatisée des échantillons et le convoyeur. Mais elle devrait être résolue dans le futur. Plusieurs autres systèmes devraient également intégrer cette chaîne dans les années à venir, et notamment : des automates de microbiologie, un séquenceur en génétique, et un spectromètre de masse.

Au final, la plateforme aura coûté 180 000 euros à l’AP-HP. « Il s’agit d’un partenariat et Beckman Coulter nous a aidé dans cette modernisation », précise le Pr Beaune. « Nous sommes très satisfaits car la société a tout-à-fait respecté son contrat, en maintenant cette chaîne ouverte ».

Car le professeur visionnaire pense déjà à l’ajout du ‘biobanking’ systématique. « Nous avons déjà cinq ans de retard sur d’autres hôpitaux dans ce domaine », déplore le Pr Beaune. Selon lui, « cette plate-forme pourrait préfigurer les plates-formes du futur qui associeraient l’ensemble des automates et des disciplines, un système de distribution automatique des tubes, un système de conservation systématique des échantillons biologiques et permettraient, avec le dossier médical patient informatisé, d’associer un grand nombre de données et d’ouvrir de nouvelles possibilités de recherche clinique. » Une idée qui ne manquera certainement pas de faire son chemin…

Encadré : Les chiffres clés

3 700 tubes sont analysés par jour avec la possibilité de doubler cette capacité à moyen terme.

Les analyses sont effectuées en continu 24h/24 et 7 jours/7.

Le nombre d’actes réalisés par an représente 64 % des analyses réalisées par le laboratoire de biologie médicale soit 34 % de l’activité nomenclaturée.

5 techniciens de jour et un de nuit font tourner cette plateforme.

Emilie CLER