Cancer et hausse du prix des médicaments, que faire ?

Revue de presse

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Crédit photo : FatCamera-istock

Alors que l’opération Octobre rose est sur le point de s’achever, le professeur en cancérologie Thierry Philip, président de l’Institut Curie à Paris, a donné une interview à Eric Favereau, journaliste à Libération au sujet de l’explosion des coûts des nouveaux médicaments et des pistes pour tenter de contenir cette envolée des prix. Revue de presse

En 2000, le coût du cancer était estimé à 15 milliards d’euros tout compris (assurance maladie, arrêts maladie, taxis, etc.) dont un milliard pour les médicaments. Il est aujourd’hui de 16,5 milliards, dont 3,5 milliards pour les médicaments, selon le Pr Philip. « Nous sommes sur une pente d’un milliard par an d’augmentation, et si on se projette en 2025, on se retrouve avec près de 10 milliards pour les médicaments du cancer », s’inquiète le président de l’Institut Curie. Alors que le NICE (National Institute for Health and Care Excellence), en Grande-Bretagne, a décidé de ne plus prendre en charge des médicaments qui n’apportent que quelques semaines de survie, pour le spécialiste français, « il faut poursuivre l’expérimentation de nouvelles molécules qui ouvrent la porte à de nouvelles perspectives. » Il s’explique auprès du Journal Libération: « il y a les médicaments qui guérissent les gens en première ligne, mais aussi d’autres qui prolongent leur survie. […] Le progrès est massif, c’est une révolution, et il faut payer ce qu’il faut payer, peu importe le coût, il est hors de question de s’en priver ». Il donne l’exemple du médicament Keytruda dans le cas du cancer du poumon qui apporterait « 40 % de survie à trois voire quatre ans, sur des cancers non opérables, pour lesquels la survie à cinq ans n’était que de 5 % auparavant. » Pour le spécialiste, la survie sans récidive (sans maladie) est très importante pour la qualité de vie de l’individu.

Pour aller vers « le prix juste » pour le médicament, le Pr Philip suggère de « séparer le coût de la recherche et le coût de production. On paierait le coût de la recherche, une fois pour toutes, lors de l’obtention de l’AMM pour le médicament ».

En l’absence de transparence sur le coût exact de recherche d’un médicament, le Pr Philip propose deux solutions : « on se projette en 2025 dans une situation où la collectivité ne peut plus payer les prix trop élevés des médicaments ; qu’est-ce que l’on fait quand on ne peut pas payer ? On échelonne, on étale. Au lieu de donner une licence sur dix ans, on la donne sur vingt ou trente. On élargit la durée des brevets. On lisse donc et, finalement, les industriels toucheront la même somme mais sur une plus longue période. » À côté, il y a une solution plus brutale, explique le professeur à Eric Favereau : « la licence d’office obligatoire, en quelque sorte le 49-3 », plaisante le professeur. « On leur dit : « Votre brevet court pendant tant de temps, mais si vous ne baissez pas les prix, on passe à la licence d’office obligatoire (qui autorise les génériques) et vous perdez tout. » Évidemment, cela n’est possible que comme arme ultime », stipule le professeur. Pour lui, les malades vont imposer la transparence, comme ils l’ont fait dans le domaine du VIH. Ils bénéficient d’un diptyque propice, selon le président de l’Institut Curie, avec une ministre compétente et un contexte politique favorable.

Et le professeur de souligner l’ampleur des progrès qui ont été accomplis en chirurgie et en radiothérapie et d’encourager l’immunothérapie. Les traitements personnalisés ont, quant à eux, suscité jusqu’à présent plus d’espérance que de provoquer de véritables réussites. Mais le professeur Philip ne perd pas espoir : « On ne les a utilisés que dans des phases terminales, où les résultats sont toujours médiocres. Peut-être faut-il évoluer, aller vers des multithérapies et les utiliser beaucoup plus tôt dans l’histoire de la maladie. »

Source : d’après un entretien du Pr Philip à Eric Favereau, journaliste à Libération

La rédaction avec Libération