L’autotest de dépistage du sida : les premiers pas vers un dépistage autonome

Enquête

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Le 5 avril 2013, Marisol Touraine, la Ministre de la santé,  a rendu publique sa décision de légaliser les autotests de dépistage du sida. Une première en France, qui représente un bénéfice pour la santé publique, selon tous les acteurs du domaine. Reste à savoir comment ces autotests pourront s’intégrer dans la stratégie globale de dépistage du VIH.

Suite à la mise sur le marché de l’autotest de dépistage du sida OraQuick (Orasure) en juillet 2012 aux États-Unis, la Ministre avait saisi en août 2012 le Conseil national du sida (CNS) et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les problèmes posés par la mise à disposition d’autotests de dépistage du sida. Elle a par la suite saisi l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pour un avis sur l’accompagnement des utilisateurs, ainsi que la Haute autorité de santé (HAS) afin d’étudier comment assurer la complémentarité de ces autotests avec les moyens de dépistage déjà existants.

contexte

En France, 30 000 personnes, soit 20 % des personnes infectées, ignorent leur séropositivité et sont responsables de 70 % des nouvelles contaminations. Selon le CNS, l’introduction d’autotests de dépistage du VIH permettrait de déceler 4 000 séropositivités supplémentaires par an et d’éviter 400 infections chaque année.

Un outil accessible?

Facilité d’utilisation

L’autotest Oraquick commercialisé aux Etats-Unis existe sous deux formes : sur salive et sur sang total. Tous deux sont de sensibilité inférieure au test Elisa de référence de dépistage du sida. Le CCNE souhaite que le test sur sang total soit privilégié car, même s’il est moins facile à réaliser (prélèvement de gouttes de sang après piqûre au bout du doigt), sa sensibilité est de l’ordre de 98,5 %, contre 93 % pour le test salivaire, ce qui réduit le taux de faux négatifs. L’association Warning met en avant l’avantage non négligeable de la concurrence : «c’est en faisant jouer la concurrence qu’on aura la meilleure offre et la meilleure qualité de test, déclare Nicolas Charpentier, militant au sein de l’association.

Cependant le CNS nuance : la sensibilité de l’autotest varie selon que le prélèvement est réalisé par des professionnels de santé ou par des personnes non expérimentées. Dans ces conditions, un test facile à réaliser est sans doute plus sûr.

Facilité d’accès

Tous les acteurs de la discussion prônent un accès le plus large et divers possible. La vente en pharmacie, parapharmacie, sur Internet ainsi que les distributions subventionnées dans les associations, les centres de dépistage et chez les médecins, sont autant de mises à disposition indispensables. La population-cible de l’autotest regroupe les personnes éloignées du système de santé, celles qui ne se rendraient pas spontanément dans un Centre de dépistage anonyme et gratuit (CDAG). C’est dans la mesure où l’autotest ne force pas à avoir recours à un professionnel qu’il est novateur et susceptible d’augmenter la palette du dépistage. Jean-Marie Le Gall, en charge du pôle recherche de AIDES, souligne « l’importance de l’effet d’opportunité » de l’accès aux tests hors centres de dépistage : « plus l’autotest est largement distribué, plus l’effet d’opportunité sera grand et plus l’autotest sera susceptible d’atteindre sa population-cible ». L’association Warning demande également que la mise à disposition via des distributeurs automatiques soit envisagée, pour garantir un anonymat total. Pour Jean-Louis Vildé, rapporteur de l’avis du CCNE, le coût de la création de distributeurs automatiques d’autotests restera problématique.

Facilité d’accès en termes de prix

Le prix, quant à lui, divise les parties. Si tous les acteurs s’accordent sur la nécessité d’une mise à disposition gratuite pour les personnes les plus pauvres, population particulièrement touchée, le prix n’est pas perçu comme un frein par tout le monde. Si les mises à disposition subventionnées suffisent à certains, Warning demande un système de remboursement, pas systématique, mais à définir. "Les campagnes de dépistage ne touchent pas l’ensemble de la population et tout le monde n’accepte pas un test de dépistage proposé. Un remboursement doit être envisagé selon les besoins, à raison d’un test remboursé par an par exemple", recommande Nicolas Charpentier. À ce sujet, des études financières seront nécessaires, selon Laurent Geffroy, conseiller-expert au CNS.

L’autonomie est-elle synonyme d’isolement ?

Outre les problèmes de sensibilité trop faible et de non détection de la primo-infection, c’est l’accompagnement des usagers et l’information qui doit leur être transmise qui pose le plus de soucis. Le gain d’autonomie apporté par les autotests est contrebalancé par moins de prise en charge psychologique et thérapeutique des personnes, livrées à elles-mêmes devant le résultat du test. Mais diffuser une information complète et compréhensible sur la fiabilité du test, ses limites, et les délais de détection de l’infection est également primordial.

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Nicolas Charpentier est confiant quant à la politique d’accompagnement des usagers : « Nousavons les compétences et nous disposons de la téléphonie sociale ; nous sommes prêts à soutenir les utilisateurs ». C’est la vulgarisation et l’information tant autour des tests en eux-mêmes que des techniques de prélèvement qui restent floues, et ce notamment car la population-cible des autotests est à la fois très spécifique et variée. Laurent Geffroy propose un relai pertinent pour atteindre cette population-cible : «La clé, ce sont les associations communautaires car elles communiquent auprès de leurs pairs».

La nécessité d’un autotest complémentaire

« L’autotest doit être un outil supplémentaire par rapport aux outils de dépistage déjà existants et ne doit en aucun cas les remplacer », affirme Jean-Marie Le Gall (AIDES). Cette question fait l’unanimité. Laurent Geffroy, conseiller-expert au CNS, considère que l’usage complémentaire des autotests sera garanti si les informations diffusées sont très claires : « En cas de résultat négatif, les usagers doivent effectuer un test de confirmation. En cas de résultat positif, il faut leur faire comprendre qu’en plus d’un test de confirmation, ils doivent s’inscrire dans une filière de soins», rappelle-t-il. De son côté, Jean-Louis Vildé du CCNE souligne le rôle à jouer des pouvoirs publics : « c’est à la politique publique de veiller à ce que, malgré la pression commerciale des fabricants, l’autotest ne devienne pas un moyen de dépistage unique». Dans la notice délivrée avec un autotest, le fabricant doit donc rappeler les autres moyens de dépistage et leur caractère indispensable. Mais les associations ne sont pas inquiètes. "Tout cela va se faire naturellement, assure Jean-Marie Le Gall, confiant. Il ne faut pas raisonner avec les perceptions et les connaissances du sida d’il y a 20 ans. Le niveau moyen d’information des gens s’est amélioré, les messages sont compréhensibles, même lorsqu’ils sont complexes ». Du côté de l’association Warning, Nicolas Charpentier rassure les professionnels : «Je ne pense pas que l’autotest va impacter les autres types de dépistage. On risque d’avoir une augmentation du nombre de dépistages total, pas une diminution du nombre de dépistages en laboratoire ».

Outre le bénéfice de santé publique et individuelle lié à un plus grand nombre de dépistés, Jean-Marie Le Gall (AIDES) évoque un bénéfice sociétal fondamental : «L’important c’est le principe de l’autotest, pas l’outil en soi. L’autotest va déstigmatiser le dépistage, ce qui est très positif».

Autotests, mode d’emploi

La technique mise en œuvre est semblable à celle des tests de diagnostic rapide (TDR) : la présence d’anticorps contre le VIH est recherchée dans la salive ou dans le sang total. Le résultat est obtenu en 20 à 30 minutes grâce à une lecture colorimétrique. L’autotest n’est pas adapté à la détection de la primo-infection VIH, période de trois mois pendant laquelle les anticorps ne sont pas détectables. Considérés comme des dispositifs médicaux, les autotests doivent obtenir un marquage « CE » délivré par un organisme habilité.

Camille AULAS

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