Biomarqueurs du stress au travail : la médecine d’urgence, un modèle d’étude qui en dit long

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Frédéric Dutheil, responsable du service santé-travail-environnement du CHU de Clermont-Ferrand. ©ABF

Professeur et médecin du travail, Frédéric Dutheil est responsable du service santé-travailenvironnement du CHU de Clermont-Ferrand, où il étudie le stress dans le contexte des urgences. Lors de la 9e Journée des bio-marqueurs, organisée à la Pitié-Salpêtrière le 18 mai 2018, il a présenté plusieurs biomarqueurs de stress… Notamment, chez les médecins urgentistes.

En langage courant, la connotation du stress est négative ; en effet, ce terme sous-entend que les capacités d’adaptation sont dépassées. « Le stress peut avoir de nombreuses significations. Il peut se définir en particulier comme étant la réponse de l’organisme à une agression. C’est cette définition que je prendrai dans mon exposé », précise le professeur Dutheil. Or, les risques psycho-sociaux sont un problème majeur en médecine du travail : « Un médecin du travail a besoin d’outils pour une interrogation objective du stress ».

Ces outils peuvent être, tout simplement, des questionnaires, comme l’EVA (échelle visuelle analogique) – telle, l’EVA douleur (échelle d’auto-évaluation allant de 0 à 10 mesurant la douleur) incontournable en médecine d’urgence. Une EVA stress a, elle aussi, été validée.
L’idée ? Disposer de repèresnsimples pour agir. « Nous avons donc déterminé un seuil d’intervention, afin de neutraliser tout stress supérieur à huit. » Un médecin du travail voit environ 4 000 salariés par an : il lui faut donc disposer de seuils, ou cut-off nets. Et le professeur Dutheil de faire un parallèle : « Comme en médecine d’urgence, l’infirmière d’orientation et d’accueil évalue si tel patient doit être vu instantanément, dans la demi-heure ou dans les deux heures, etc. L’idée est d’établir, pour le stress au travail, des cut-off francs, indicateurs des conduites à tenir ».

Le second modèle le plus utilisé pour estimer les risques psycho-sociaux est le modèle de Karazec, qui évalue à la fois la demande psychologique (axe des x) et la latitude décisionnelle des travailleurs (axe des y). Ainsi, dans l’extrémité en haut à droite d’un tel graphique, se retrouveront les personnes très actives – comme les chefs d’entreprise. Ceux-ci disposent en effet d’une très forte demande (niveau d’exigence requise par la tâche), ainsi que d’une très forte autonomie. Le médecin urgentiste, lui, se situe dans les extrêmes sur un tel modèle, avec un très fort niveau d’exigence (demande très forte) et une autonomie vraiment très réduite. Il subit. Si, par exemple, aucun lit n’est disponible dans les étages, «nécessairement, le patient reste aux urgences ».
 

Pour lire l'intégralité de cet article issu de Biologiste Infos n°98, abonnez-vous ici ou connectez-vous à votre espace

Agnès BOURAHLA-FARINE