Mieux lutter contre les pathologies digestives

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Crédit photo : danielkrol - Fotolia

Un laboratoire de recherche entièrement dédié à la santé digestive, l’Institut de Recherche en Santé Digestive (IRSD), ouvre ses portes début 2016 à Toulouse. Il s’agit d’une première en France. La Ville Rose a une tradition d’excellence dans le domaine et la forte augmentation ces dernières années du nombre de patients atteints de maladies digestives a suscité de l’intérêt pour ce projet innovant. Interview de Nathalie Vergnolle, à la tête de cette nouvelle entité.

Article diffusé avec l'aimable autorisation de l'Université Toulouse III

Quels sont les principaux enjeux en matière de santé digestive ?

Les études épidémiologiques montrent une forte augmentation du nombre de personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques du système digestif. Les hypersensibilités voire les intolérances se multiplient. Le syndrome du côlon irritable touche aujourd’hui 20% de la population, avec des effets invalidants importants. On soupçonne ces maladies d’être provoquées par l’alimentation actuelle qui contient beaucoup d’additifs et de polluants. Un des objectifs majeurs des recherches actuelles est de repérer les mécanismes physiopathologiques en jeu.

On commence par ailleurs à mieux comprendre aujourd’hui le rôle joué par les bactéries, virus et parasites qui peuplent nos intestins, dans certaines maladies métaboliques comme le diabète mais aussi dans l’évolution de notre humeur voire dans notre comportement. Cela incite à intensifier l’effort de recherche sur ces questions. Agir sur la flore intestinale, le microbiote, permettrait de soigner des maladies très diverses. On parle de plus en plus notamment de transferts de flore fécale afin de rétablir des flores saines chez certains patients.

Enfin, il faut savoir que le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents. Tout cela explique l’intérêt suscité par notre projet d’institut spécifiquement dédié à la santé digestive.

Pourquoi créer un tel institut à Toulouse ?

Toulouse a été une ville très réputée pour son école de physiologie digestive il y a vingt ou trente ans. Dans les dernières années, les équipes travaillant sur le système digestif ont connu un regain de vitalité, avec l’arrivée à Toulouse de nombreux jeunes chercheurs, s’intéressant au sujet mais avec des approches différentes liées à leurs spécialités, en microbiologie, pharmacologie, physiologie, génétique… L’idée de l’Institut est de permettre à ces forces vives de se regrouper pour travailler en synergie et acquérir une plus forte visibilité.

A quels types de thérapeutiques vos travaux peuvent-ils aboutir ?

Nous avons identifié par exemple chez les patients qui souffrent de maladies digestives inflammatoires un manque de certaines protéines. Si on arrive à délivrer ces protéines manquantes au bon moment et au bon endroit, on peut traiter ces maladies. Plusieurs brevets ont été déposés sur ce sujet. Des recherches complémentaires sont en cours avec des industriels pour développer et produire des médicaments.

De manière générale, les chercheurs travaillent en collaboration étroite avec le milieu industriel sur ces sujets, que ce soit des grands de la pharmacie, des petites biotechs, voire même des entreprises agro-alimentaires qui se diversifient dans le domaine des alicaments.

Nous avons également des partenariats avec certaines sociétés spécialisées dans le test des médicaments, ce qu’on appelle les Contract Research Organisations (CRO). Pour les aider à réaliser ces tests en matière de médecine digestive, nous savons concevoir par exemple des « mini-intestins » à partir de cellules souches prélevées dans des biopsies intestinales. Nous recréons l’organe dans un milieu en trois dimensions, et l’on peut s’en servir pour tester de nouvelles molécules.

Nous travaillons en particulier avec l’une de ses CRO toulousaine (Urosphere) pour produire ces « mini-intestins » à échelle industrielle et les commercialiser, ce qui faciliterait considérablement les tests et permettrait d’accélérer le processus entre la recherche initiale et la mise sur le marché de nouvelles thérapeutiques.

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