La grève suivie à 95%

Profession

©Richard Villalon-istock

Dans une conférence de presse tenue lundi matin, premier jour de grève l’ABM annonce que cette dernière est très suivie, avec 95% des laboratoires de ville fermés.

« Nous en appelons aujourd’hui au président de la République Emmanuel Macron pour prendre le sujet en main et discuter posément de notre proposition de contribution exceptionnelle de 250 millions d’euros sur le Covid » annonce Thierry Bouchet, président du SLBC (Syndicat des Laboratoires de Biologie Clinique) lors de la conférence de presse de l’ABM (Alliance de la biologie médicale) du lundi 14 novembre, premier jour de grève des laboratoires. L’ABM réunit l’ensemble des syndicats représentatifs du secteur (Les Biomed, SDB, SLBC, SNMB) et des acteurs de la profession (Les Biologistes Indépendants, Biogroup, Cerba Healthcare, Eurofins, Inovie, Synlab et Unilabs France).

Plus d’un milliard d’économies sur 4 ans

Pour rappel, l’article 27 du PLFSS 2023 avec l’objectif de 250 millions d’euros d’économies avait été adopté en première lecture lundi 31 octobre à l’Assemblée nationale suite au déclenchement du 49.3 sur le texte. Le 7 novembre au soir, la profession avait rendez-vous avec Thomas Fatome, directeur général de la CNAM, pour un « rendez-vous de la dernière chance ». Ce dernier est arrivé avec une proposition encore plus élevée, demandant plus d’1,2 milliards d’économies à la profession « L’addition s’envole à 280 millions d’euros sur 2023, ce qui se traduit en année pleine à 332 millions sur 2024, sur 2025 et sur 2026 » calcule Aurélie François, directrice générale du groupe Eurofins Biologie Médicale. Ces économies se répartirait entre « la baisse de la lettre clé B d’un centime, la baisse de certains actes ciblée très prescrits et une diminution de 7 euros sur le tarif des tests PCR » décrypte François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB). « Trop c’est trop. Nous ne serons pas en mesure de maintenir la qualité de la biologie médicale aujourd’hui. A terme c’est au moins 10% de nos sites de proximité qui sont menacés » s’indigne Thierry Bouchet.

Rapport de force

« Nous ne protestons pas par envie mais par devoir. Depuis le début le gouvernement fait passer dans la presse des chiffres tronqués voir manipulés » contextualise Aurélie François. « En dix ans, nous avons fait 5,2 milliards d’euros, notamment grâce à la consolidation du secteur » rappelle Catherine Courboillet, présidente de Cerba HealthCare. « On nous qualifie de « profiteurs de guerre ». Mais si nous retournons en mars 2020, à l’époque, les laboratoires privés, sans aucune subvention de l’Etat, ont fait face pour répondre à l’appel du gouvernement et à la demande massive de tests. Les biologistes ont pris leurs responsabilités. Et nous les prenons aujourd’hui en proposant une contribution exceptionnelle sur le Covid » témoigne Isabelle Eimer, présidente de Biogroup. Economies exceptionnelles oui, mais non pérennes « c’est notre ligne rouge » prévient Alain Le Meur, président de l’APBM (Association pour le Progrès de la Biologie Médicale). « Les laboratoires indépendants vivent principalement de la biologie de routine. Ces baisses nous amèneraient nécessairement à fermer des sites » précise Michel Pax, directeur général du groupe LBI. « Les économies demandées vont déstabiliser le secteur en profondeur. Nous sommes arrivés au bout de la logique d’économie d’échelle grâce aux plateaux techniques et à la consolidation. Comment pourrait-on continuer à investir dans l’innovation, la prévention et le dépistage ou, répondre à une nouvelle épidémie dans ces conditions ? » s’interroge Thomas Hottier,directeur général du groupe Inovie. « Désengagement du Ségur, arrêt de l’alimentation du Sidep, séquençage, grève… nous irons jusqu’au bout » milite-t-il. « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’aujourd’hui nous avons anticipé les urgences pour ces trois jours de grève. Mais une fermeture de site signifiera à terme une vraie perte de chance pour les patients » déplore Lionel Barrand, président du syndicat Les Biologistes Médicaux.

Aujourd’hui, l’ABM propose donc une contribution exceptionnelle de 250 millions d’euros sur 2023 sur les dépenses Covid et est par ailleurs favorable à négocier un nouveau protocole d’accord tri-annuel pour 2023-2026, l’actuel prenant fin à la fin de l’année 2022.

L’amendement du Sénat en soutien

L’examen du projet de loi par le Sénat va dans le même sens. Ce dernier estime que « le recours à une baisse généralisée de la cotation de tous les actes de biologie médicale hors liés à la covid ne parait pas comme pertinent » notamment car les laboratoires « plutôt en zone rurale et de petites tailles, ne présentent pas les mêmes taux de rentabilité et pourraient être fragilisés par une telle baisse générale des tarifs » et a déposé un amendement en ce sens, prévoyant une « contribution exceptionnelle, assise sur les sommes versées par l'Assurance maladie au titre du dépistage de la Covid-19 par les laboratoires de biologie médicale pour l'année 2021 »  à hauteur de 250 millions d’euros. « Les sénateurs nous ont reçu et ont bien compris les enjeux » commente Jean Claude Azoulay, président du Syndicat National des Médecins Biologistes (SNMB). « Les propositions du Sénat rejoignent exactement celles de l’ABM » se réjouit Alain Le Meur. L’ABM appelle donc le gouvernement et l’Assemblée nationale à se rallier à cet amendement. « Nous attendons l’ouverture rapide des discussions avec le président de la République » conclut Alain Le Meur.

N.B-S.