La recherche avance sur les formes graves

Covid-19

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Des chercheurs de l’Inserm se penchent sur les formes sévères de Covid-19, si différentes d’une personne à l’autre. En cause les lymphocytes T non conventionnels et des anomalies génétiques et immunologiques.

Des chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Tours et du CHRU de Tours ont découvert que les patients souffrant de formes sévères de Covid-19 présentent des modifications d’une classe de cellules immunitaires connues sous le nom de « lymphocytes T non conventionnels ». Leur étude, publiée dans le Journal of Experimental Medicine (JEM), suggère que surveiller l'activité de ces cellules dans le sang des patients pourrait permettre de prédire la gravité et l'évolution de la maladie.
Les lymphocytes T non conventionnels produisent de nombreuses molécules inflammatoires et les patients chez lesquels ils étaient particulièrement activés au moment de leur admission en réanimation présentaient une meilleure évolution de leur niveau d'hypoxémie (faible taux d'oxygène dans le sang) et sortaient plus tôt des soins intensifs, suggérant donc une évolution plus rapide et favorable de leur maladie. 
Par ailleurs, des chercheurs de l’Inserm, d’Université de Paris et de l’AP-HP à l’Institut de recherche Imagine (hôpital Necker-Enfants malades AP-HP), et de l’Université Rockefeller et du Howard Hughes Medical Institute à New York en collaboration avec une équipe du Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses (Sorbonne Université/Inserm/CNRS), ont identifié les premières causes génétiques et immunologiques expliquant 15% des forme graves de Covid-19. Les malades ont un point commun : un défaut d’activité des interférons de type I, molécules du système immunitaire qui ont normalement une puissante activité antivirale. Les résultats de leurs travaux sont publiés dans la revue Science.
Ils se sont intéressés à des patients atteints de ces formes sévères, et ont ciblé leur recherche sur des mécanismes spécifiques de l’immunité – la voie des interférons (IFN) de type I qui sont de puissantes molécules antivirales. Résultat : chez certains patients des anomalies génétiques diminuent la production des IFN de type I (3 à 4% des formes graves). Chez d’autres patients, des maladies auto-immunes bloquent l’action des IFN de type I (10 à 11% des formes graves). L’ensemble de ces découvertes expliquerait donc 15% des formes graves de Covid-19. Quel que soit leur âge, les personnes porteuses des mutations incriminées sont plus à risque de développer une forme potentiellement mortelle de Covid-19. Un moyen simple et rapide de détecter certains de ces sujets à risque pourrait donc être le dosage sérique des IFN de type I par la technique ultra-sensible d’ELISA digitale. La prise précoce d’IFN de type 1 par ces patients pourrait constituer une piste thérapeutique.
Dans une seconde étude également publiée dans Science, les chercheurs montrent chez les patients atteints de formes graves de Covid-19, la présence à taux élevé dans le sang d'anticorps dirigés contre les IFN de type I des individus (auto-anticorps) et capables de neutraliser l’effet de ces molécules antivirales. Ces autoanticorps sont retrouvés chez plus de 10 % des patients développant une pneumonie grave par infection au SARS-CoV2. Ils sont absents chez les personnes qui développent une forme bénigne de la maladie et sont rares dans la population générale. Leur présence empêche les IFN de type I d’agir contre le virus SARS-CoV2. « Qu’il s’agisse de variants génétiques qui diminuent la production d’IFN de type I pendant l’infection ou d’anticorps qui les neutralisent, ces déficits précèdent l’infection par le virus et expliquent la maladie grave », concluent les auteurs.

JS