La biologie médicale face aux enjeux des nouveaux parcours des patients

Colloque de biologie médicale

Biologiste infos
Crédit photo : bluecinema-istock

Le 7 décembre, le Dr Bernard Gouget, Conseiller Santé Publique à la Fédération hospitalière de France (FHF), le Pr Jean-Gérard Gobert, président de la Fédération Nationale des Syndicats de Praticiens Biologistes Hospitaliers et Hospitalo-Universitaires (FNSPBHU) et le Dr Lionel Barrand, président du Syndicat des Jeunes Biologistes Médicaux (SJBM) ont organisé, avec le soutien de l'EFLM, de la SFBC, de l'IFCC, du Collège national de Biochimie, Biologie et de Biologie moléculaire médicale et de l'Université Paris Descartes, un colloque sur le thème : "LA BIOLOGIE MEDICALE FRANCAISE DANS LA NOUVELLE EUROPE. Quelle place et quel rôle dans les parcours de santé ?" à la faculté de pharmacie de Paris. Retour sur quelques interventions de personnalités.

La profession est aujourd’hui fortement chahutée par de nombreux changements dans son environnement de travail. Les patients sont de plus en plus acteurs de leur santé – on peut penser aux lecteurs de glycémie –, les outils technologiques se multiplient – robots, intelligence artificielle, objets connectés –, certaines activités sont délocalisées, les regroupements au sein des GHT deviennent une nécessité et une obligation, le travail en équipe devient pluridisciplinaire, et l’ombre de l’accréditation plane toujours sur les laboratoires… Autant de sujets de préoccupation pour les biologistes, en établissements comme en ville, dans le public comme le privé.

La FHF, la FNSPBHU et le SJBM avaient invité, en fin de matinée, lors de ce Colloque, deux personnalités à venir partager leur vision de la biologie médicale. La première était le Pr Benoit Vallet, Directeur général de la Santé depuis quatre ans, qui a salué la dynamique de la profession, qu’il mesure notamment à l’aune de l’implication des biologistes dans la démarche d’accréditation : à la fin 2017, à quelques rares exceptions près - pour des questions administratives, de restructuration, ou des situations exceptionnelles - tous les laboratoires seront accrédités sur 50 % au moins de leurs examens, avec a minima un examen couvert par famille. « C'est un pari gagné, alors même que la restructuration du secteur et sa régulation effective ne sont pas abouties », renchérit Bernard Gouget, Conseiller Santé Publique à la FHF. Le Pr Vallet note aussi le souhait de la profession de s’impliquer davantage dans la prévention, à travers les dépistages mais aussi par une information des patients à l’occasion de leur passage au laboratoire. Il a également jugé exemplaire la dynamique de la profession en matière de travail sur la pertinence, de la qualité et de la sécurité des soins. Pertinence des actes qui sera au cœur de la Stratégie nationale de santé que la ministre de la Santé qui a été soumise à une consultation publique en novembre dernier. Il a enfin insisté sur l’importance du dialogue interprofessionnel : « Ce dialogue, il faut le mettre en œuvre. Il est plus facile en établissements qu’en ambulatoire, mais il faut y aller et mettre des moyens connectés pour favoriser ce dialogue », a-t-il appuyé.

En qualité de seconde personnalité invitée, Claude Evin a ensuite pris la parole. L’ancien ministre de la Santé et plus récemment directeur d’Agence régionale de santé est aujourd’hui revenu à ses activités d’avocat, « essentiellement en conseil », a-t-il précisé. Lui a retenu le thème du parcours de santé, « question pertinente.»« On mesure bien comment la prise en charge des maladies chroniques nécessite une adaptation de notre système de santé. Il faut sortir du cloisonnement pour organiser une fluidité dans la prise en charge du patient. Les modalités de financement actuelles ne facilitent pas cette organisation. Mais il faut trouver des nouvelles modalités de coopération, de groupement qui sont aujourd’hui à notre disposition, même s’il existe encore beaucoup de choses à inventer. »

La loi de janvier 2016 impose d’organiser ces parcours au niveau des territoires, notamment à travers les GHT, aujourd’hui au nombre de 135. Les établissements doivent organiser en commun, dans l’intérêt des patients. Pour cela, Claude Evin a invité la profession à regarder ce qui se fait déjà au niveau de l’imagerie médicale, également concernée par les GHT. Les plateformes mutualisées d’imagerie médicale permettent notamment d’homogénéiser les rémunérations entre public et privé. « Ce n’est peut-être pas ce vers quoi ira la biologie demain, mais ça vaut le coup de regarder les évolutions de ce type », a-t-il avancé.

Il a enfin alerté les biologistes sur l’imminence de l’entrée en application de la directive européenne sur la protection des données des patients : « Elle inverse la logique en imposant une obligation de résultats en lieu et place d’une obligation de moyens, alors que la prise de conscience n’est pas encore au rendez-vous… »

Valérie Devillaine