Le VIH/sida : l’enjeu du dépistage précoce

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Biologiste infos
Crédit photo : Peshkova-istock

À l’occasion du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, la CIRE et l’ORS Île - de - France publient conjointement un bulletin faisant le point sur l’épidémie du VIH dans la région et ciblant les populations franciliennes particulièrement touchées par l’épidémie et les stratégies de dépistage à mettre en œuvre.

En France, la surveillance épidémiologique de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) fait partie de la surveillance combinée des infections sexuellement transmissibles (IST), coordonnée par Santé publique France. Elle s’organise autour de plusieurs systèmes : la surveillance de l’activité de dépistage du VIH, la déclaration obligatoire des découvertes de séropositivité VIH et des diagnostics de sida, et la surveillance des IST au travers de réseaux sentinelles (syphilis, gonococcies, infections à chlamydia).

Cette surveillance a permis de montrer qu’en France, en 2016, le nombre de découvertes de séropositivité VIH a diminué de 5 % par rapport à 2013, alors que dans le même temps, l’activité de dépistage en laboratoires a augmenté de 4 %.

Cette diminution est surtout observée chez les hétérosexuels, en particulier chez les hommes, qu’ils soient nés en France ou à l’étranger. Par contre, le nombre de découvertes reste stable chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Par ailleurs, les enquêtes comportementales ont montré une diminution de l’usage systématique du préservatif chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH).

De même, en Île-de-France, on observe une augmentation des découvertes du VIH dans la population des HSH. En 2009, l’incidence de l’infection par le VIH dans un échantillon des HSH fréquentant des lieux de convivialité gay à Paris, était estimée à 3,8 pour 100 personnes-années. L’enquête de séroprévalence du VIH de 2015 menée dans cette population montre une prévalence de 16 % chez les HSH enquêtés à Paris quel que soit leur lieu de résidence et de 19,1 % chez les résidents d’Île-de-France.

La Région Ile-de-France, deuxième région après la Guyane la plus touchée par l’épidémie de VIH et la Mairie de Paris ont décidé d’une politique volontariste et convergente pour aller vers « une Région sans sida » et « un Paris sans sida ». L’évolution des dépistages et des découvertes de séropositivité entre 2006 et 2016 montrent une région avec un niveau toujours élevé de nouvelles sérologies positives, particulièrement à Paris. En 2016, encore 28 % des nouveaux cas sont diagnostiqués à un stade tardif. Face à ces problématiques, le dépistage précoce reste un enjeu majeur dans la lutte contre le VIH en Île-de-France.

Stratégie de prévention en Île-de-France

Dans la région Ile-de-France, le profil de l’épidémie est concentré sur deux populations : les HSH qui regroupe plus de 40% des nouveaux cas de VIH et les personnes hétérosexuelles migrants pour la plupart en provenance de pays de forte endémie mais qui se sont aussi contaminés après leur arrivée en France pour une part non négligeable d’entre eux.

La stratégie de prévention repose sur la combinaison d’une baisse de l’exposition au VIH grâce à l’effet préventif du traitement des personnes séropositives et à une élévation de la protection chez les personnes non infectées grâce au préservatif mais surtout pour les plus exposés, grâce à ce nouvel outil qu’est la PrEP. Dans cette stratégie combinée le dépistage a un rôle pivot pour orienter les personnes trouvées séropositives vers le soin et le traitement et réévaluer avec les personnes trouvées négatives, l’intérêt des moyens de prévention existants, et notamment de la PrEP. Effet tasP et PrEp ont vu leur très haut niveau d’efficacité confirmé par des essais d’efficacité convergents.

« Le dépistage doit aller chercher les personnes qui ne se sont jamais fait dépister par sous-estimation de leur exposition, par peur, par crainte des discriminations ou manque d’accessibilité mais aussi être utilisé de façon régulière (tous les 3 mois pour les HSH, tous les ans par les personnes les plus exposées (migrants, usagers de drogue par voie intraveineuse, multi-partenaires) (recommandations HAS 2017) afin de progressivement réduire la population non diagnostiquée et réduire le délai au diagnostic (en médiane : 2 ans chez les HSH, 3 ans chez les femmes et 4 chez les hommes hétérosexuels) », explique Santé Publique France. L’utilisation de l’ensemble de ces outils implique la connaissance la plus précoce possible de son statut sérologique, fil rouge d’une maitrise de l’épidémie.

Or, les populations dépistées trop tardivement reste importante et peu joignable malgré les progrès dans ce domaine mis en évidence dans l’article de l’ARS sur le déploiement du Test Rapide d’Orientation Diagnostic (TROD). Comme le souligne l’article sur la lutte contre le VIH rédigé par le président du CRIPS, il convient de changer d’échelle. C’est aussi ce que préconise le plan d’urgence proposé par la Mairie de Paris présenté ce 1erdécembre : la mise en œuvre énergique et simultanée d’un arsenal d’actions conjointes mobilisant tous les acteurs de la prévention et du soin : les médecins généralistes, l’assurance maladie, l’appui sur les associations de prévention et de soutien des populations touchées, une mise à disposition large des TRODS et des autotests ainsi qu’un ciblage des zones géographiques et des populations les plus concernées.

Bulletin Santé Publique France

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La rédaction