Du laboratoire au lit du patient : vers un traitement personnalisé du cancer du sein

Cancer

Biologiste infos
Crédit photo : wragg-istock

Sous la houlette de François Fuks et de Christos Sotiriou, des chercheurs du Centre de Recherche de l’ULB sur le Cancer, U-CRC ont découvert une signature basée sur des changements de méthylation de l'ADN dans le cancer du sein, qui améliore le diagnostic et prédit, au moment du diagnostic, si la patiente répondra à la chimiothérapie.

Cette signature améliore aussi le diagnostic de nombreux autres cancers, y compris le mélanome et le cancer du poumon. Sur la base de ces travaux, les laboratoires des Pr Fuks et Sotiriou démarrent avec la société Diagenode, un projet BioWin visant à développer un test basé sur cette nouvelle signature pour un usage en routine clinique.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes en Belgique avec plus de 10 000 cas diagnostiqués chaque année. Une femme sur neuf en sera atteinte au cours de sa vie. Bien que les progrès majeurs dans le domaine des thérapies aient amélioré la survie des patientes, cette maladie demeure la principale cause de décès par cancer chez les femmes, en Belgique tout comme dans le reste du monde.

Un défi majeur de l'oncologie moderne réside dans l'amélioration du diagnostic afin de trouver le traitement optimal. En effet, l'agressivité et l'efficacité d’un même traitement peuvent varier considérablement d'un patient à l'autre. Ceci est dû aux différences individuelles dans le profil moléculaire des tumeurs. Ces différences peuvent être utilisées pour prédire si un patient répondra mieux à une thérapie donnée et aide les médecins à choisir le meilleur traitement pour leur patient.

Cette « médecine personnalisée » est une nouvelle façon de diagnostiquer et de traiter les patients atteints de cancer qui devrait sauver de nombreuses vies. Les différences dans le profil moléculaire des tumeurs comprennent, entre autres, des changements dans les modifications épigénétiques de l'ADN. Parmi celles-ci, la méthylation de l'ADN est devenue très importante en oncologie, car le profil de cette marque est altéré dans la majorité des cancers. La méthylation de l'ADN est très robuste et facile à mesurer, et est donc un excellent biomarqueur pour la médecine personnalisée.

Des chercheurs de la Faculté de Médecine de l'ULB et de l'Institut Jules Bordet, tous deux membres du Centre de Recherche de l’ULB sur le Cancer (U-CRC), ont découvert une signature basée sur des changements de méthylation de l'ADN dans le cancer du sein, qui améliore le diagnostic en quantifiant les cellules immunitaires dans les tumeurs. Cette signature prédit également, au moment du diagnostic, si la patiente répondra à la chimiothérapie, au traitement actuellement le plus souvent administré. Les résultats de la recherche ont été publiés le 17 juillet 2017 dans le Journal of Clinical Investigation.

Les équipes du Pr François Fuks (directeur du Laboratoire d’Epigénétique du Cancer à l’ULB) et du Dr Christos Sotiriou (directeur du Laboratoire de Recherche Translationnelle du Cancer du Sein de l'Institut Jules Bordet) ont également montré que cette signature améliore le diagnostic de nombreux autres cancers, y compris le mélanome et le cancer du poumon.

Ce nouveau test sera offert aux oncologues pour les aider à choisir le meilleur traitement pour leurs patientes. Ce projet ambitieux et opportun est soutenu par le pôle de compétitivité santé de Wallonie, BioWin, à hauteur de 3,7 millions d’euros. À terme, le projet devrait permettre de transposer la recherche académique vers l’application clinique, pour une meilleure prise en charge des patientes atteintes d’un cancer du sein.

La rédaction