Confirmation de la persistance du virus Ebola dans le sperme des survivants à l’épidémie

Virologie

Biologiste infos
Crédit photo : nopparit-istock

Une étude internationale, conduite par des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), de l’Inserm et de l’Institut Pasteur et leurs partenaires guinéens (CHU de Donka, Hôpital de Macenta, Institut national de santé publique, UniversitÉ de Conakry), confirme la persistance du virus Ebola dans le sperme de survivants à l’Épidémie en Guinée, jusqu’au moins neuf mois après leur guérison.

Ces résultats, qui rappellent l’importance du suivi des survivants afin de prévenir les risques de nouvelles flambées épidémiques, ont été publiés dans le Journal of Infectious Diseases, le 3 mai 2016.

PostEboGui : suivi pluridisciplinaire d’une cohorte de survivants au virus Ebola

Conduit en Guinée depuis novembre 2014, le programme PostEboGui a pour objectif de suivre, pendant 2 ans, une cohorte de plus de 700 adultes et enfants, ayant survécu à la plus grave épidémie d’Ebola survenue en Afrique de l’Ouest, en 2014. Les chercheurs développent une approche pluridisciplinaire (clinique, virologique, immunologique, social et santé publique), afin d’identifier les séquelles cliniques et sociales de l’épidémie, ainsi que les risques de réactivation potentielle du virus ou de transmission sexuelle.

Dans cette étude, les chercheurs ont suivi les 450 premiers patients du programme PostEboGui, hommes et femmes, pendant 1 an. Ils ont effectué des prélèvements de liquides corporels (larmes, salive, fécès, liquides vaginaux et sperme), le premier jour de l’Étude, puis tous les 3 mois. Afin de détecter la présence du virus Ebola dans ces liquides, les chercheurs ont employé les techniques de biologie moléculaire d’amplification en chaÎne par polymérase (PCR) et de détection d’acide ribonucléique (ARN), dans les hôpitaux en Guinée.

Les résultats portent sur 98 prélèvements issus de 68 personnes différentes. Le virus Ebola a été détecté dans 10 prélèvements provenant de 8 hommes, jusqu’à 9 mois après la guérison. Par ailleurs, les chercheurs ont montré que la persistance du virus dans le liquide séminal diminue avec le temps : le virus, présent dans 28,5 % des Échantillons lors des prélèvements effectués entre le 1er et 3ème mois, n’a ensuite été détecté qu’à hauteur de 16 % entre le 4ème et le 6ème mois, puis 6,5 % entre le 7ème et le 9ème mois, 3,5 % entre le 10ème et le 12ème mois, et enfin 0 % après le 12ème mois.

Améliorer le suivi des survivants pour limiter la résurgence de l’épidémie

Ces résultats confirment ceux publiés en octobre 2015 dans le New England Journal of Medicine sur une cohorte de survivants en Sierra Leone. Ils mettent l’accent sur la nécessité de recommander, au niveau international, l’utilisation de préservatifs par les survivants dans les mois suivant leur guérison. Par ailleurs, les chercheurs insistent sur l’importance de développer, voire de systématiser le suivi des survivants, afin de limiter les risques de recrudescence de l’Épidémie.

En 2016, d’autres programmes de recherches complèteront le dispositif :

FORCE : il s’agit d’un essai thérapeutique conduit par l’Inserm, chez les hommes présentant des traces de virus dans le sperme (traitement à base de l’antiviral favipiravir).

ContactEboGui : l’objectif de ce projet est de suivre les personnes ayant été en contact avec des personnes infectées et déclarées guéries (suivies dans le cadre du programme PostEboGui), et qui auraient pu développer des infections peu symptomatiques et non diagnostiquées, afin de mieux connaître la dynamique de l’épidémie, mais également d’identifier les risques de transmission secondaire et comprendre les chaînes de transmission.

Réservoir : ce projet s’intéresse à l’origine de l’épidémie, notamment au réservoir animal du virus, en Guinée, en République démocratique du Congo, au Cameroun, au Congo et au Gabon, afin de prévenir les futures épidémies.

La rédaction