Dépistage de l’infection par le VIH dans les laboratoires entre 2003 et 2014

Politique de santé

Biologiste infos
Crédit photo : Franco Volpato

Afin de contribuer à l’évaluation de la politique de dépistage, l’Institut de veille sanitaire (InVS) publie, chaque année, les données d’activité de dépistage du VIH en laboratoires d’analyses de biologie médicale. Dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 1er décembre, il publiait l’actualisation de ces données pour la période 2003-2014.

Le dépistage du VIH représente un enjeu majeur dans la lutte contre l’épidémie. En effet, rappelle l’InVS, « seul un diagnostic précoce permet la mise en route rapide d’un traitement antirétroviral, avec un bénéfice individuel en limitant la progression de l’infection, et collectif en réduisant le risque de transmission du virus par diminution de la charge virale. » Face au constat du retard au diagnostic, qui concernait encore 4 diagnostics sur 10 en 2013, et à la proportion de personnes séropositives ignorant leur statut, estimée à 20 %, le Plan national de lutte contre le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles (IST) 2010-2014 a recommandé de proposer le dépistage du VIH à l’ensemble de la population hors notion d’exposition à risque, de répéter cette proposition pour les populations les plus exposées et de développer des actions de dépistage communautaire au moyen de tests rapides d’orientation diagnostique (TROD).

La surveillance de l’activité de dépistage du VIH en laboratoire (LaboVIH) permet de suivre l’évolution nationale et régionale du nombre de sérologies VIH réalisées en France, d’aider à interpréter les données de la notification obligatoire du VIH et d’en estimer l’exhaustivité. En 2014, 3 808 laboratoires sur 4 275 ont participé à LaboVIH et ont transmis leurs informations à l’InVS en vue d’une analyse à grande échelle. Cela représentait 91 % des laboratoires hospitaliers et de 89 % des laboratoires de ville. Le périmètre de l’étude et la méthode de recueil ont été inchangés par rapport aux années précédentes. Les tailles de populations utilisées pour calculer les taux de sérologies rapportés à la population sont celles de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) au 1er janvier 2014.

L’étude inclut les sérologies et les TROD réalisés en laboratoire, y compris dans un cadre anonyme et exclut les sérologies réalisées à l’occasion d’un don de sang et les TROD communautaires.

Sérologies VIH réalisées

En 2014, les auteurs estiment que les 4 275 laboratoires ont réalisé 5,27 millions [IC 95 %] de sérologies VIH, soient 80 sérologies pour 1 000 habitants. Après avoir augmenté en 2011, ce nombre s’est depuis stabilisé en France entière. Cette stabilisation est observée dans les trois inter-régions considérées : l’Île-de-France (IdF) et les départements d’outre-mer (DOM) depuis 2012, la métropole hors Île-de-France depuis 2011.

En 2014, les laboratoires de ville ont réalisé environ 76 % des sérologies VIH. Après avoir augmenté en 2011 (+ 4 %, p<10-3), le nombre de sérologies s’est stabilisé en ville. À l’hôpital, ce nombre a augmenté jusqu’en 2014 (+11 % entre 2010 et 2014 ; p<10-3).

En 2014, 7 % des sérologies ont été réalisées dans un cadre anonyme (le plus souvent pour des consultants en CDAG/Ciddist), proportion stable au cours du temps, représentant environ 351 000 sérologies anonymes.

Sérologies VIH positives

Le nombre de sérologies VIH confirmées positives en laboratoire en 2014 a été estimé à 11 013 [IC 95 %], soient 167 par million d’habitants. Ce nombre a augmenté entre 2011 et 2012 puis s’est stabilisé.

Crédit photo : BEH

L’évolution du nombre de sérologies positives n’est pas homogène sur l’ensemble du territoire. En IdF et dans les DOM, ce nombre est stable depuis 2011. En métropole hors IdF, le nombre de sérologies positives a augmenté régulièrement entre 2007 et 2013 (p<10-3), et ne s’est stabilisé qu’en 2014.

En 2014, environ 1 200 sérologies anonymes étaient confirmées positives, soient 11 % des sérologies positives, proportion stable au cours du temps.

Les laboratoires de ville étaient à l’origine de 38 % des sérologies VIH positives en 2014. Le nombre de sérologies positives a augmenté depuis 2011 à l’hôpital (+13 %, p<10-3), mais pas en ville.

Sérologies VIH positives pour 1 000 sérologies réalisées

Parmi les sérologies VIH réalisées en 2014, la proportion de celles confirmées positives a été estimée à 2,1 pour 1 000 pour la France entière. Les proportions les plus élevées ont été observées en Guyane (7,2), IdF (4,0), Guadeloupe (3,4), Martinique et Mayotte (2,5). Dans les autres régions, elles s’échelonnent entre 0,4 et 1,9/1 000, avec une proportion de 1,3 pour l’ensemble de la métropole hors IdF.

La proportion de sérologies positives reste, chaque année, plus élevée pour celles réalisées dans un cadre anonyme (3,4/1 000 en 2014) que pour celles réalisées dans un cadre nominatif confidentiel (2,0/1 000 en 2014).

Discussion

L’InVS souligne que les « données issues de LaboVIH bénéficient d’une très bonne participation des biologistes ce qui permet d’obtenir des estimations nationales et régionales en termes de dépistage du VIH avec une bonne précision.

L’activité de dépistage en laboratoire avait modérément augmenté en 2011 (+4 %), année qui a suivi la publication des recommandations d’élargissement du dépistage, puis s’est stabilisée. Le nombre de TROD réalisés en milieu communautaire, très faible par rapport au nombre total de sérologies classiques ne modifie pas cette tendance.

La proposition de dépistage généralisé semble donc peu appliquée. Le Groupe d’experts du rapport Morlat avait relevé les difficultés d’application de cette recommandation, notamment la faible acceptabilité pour les médecins de la prescription d’un test en dehors d’une exposition ou de signes cliniques. Dans ce contexte, la Direction générale de la santé a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour réévaluer la stratégie de dépistage et notamment réexaminer l’intérêt d’une offre de dépistage systématique en population générale.

L’augmentation du nombre de sérologies positives en laboratoires observée en 2012-2013 ne s’est pas poursuivie en 2014. En 2013, l’augmentation des sérologies positives ne s’accompagnait pas d’une augmentation des nouveaux diagnostics, ce qui suggérait une augmentation des sérologies positives répétées. En revanche, les efforts en matière de dépistage ont permis de réaliser davantage de diagnostics précoces, ce qui pourrait résulter à la fois d’un dépistage plus fréquent des populations les plus exposées et de leur meilleure sensibilisation au dépistage, notamment via les TROD.

L’utilisation des TROD en milieu associatif, ainsi que la disponibilité des autotests en pharmacie depuis le 15 septembre 2015, constituent de nouvelles opportunités pour atteindre les personnes qui ne se rendent pas dans les structures de dépistage ou de soins traditionnelles. Cependant, il faut souligner le rôle majeur des laboratoires d’analyses médicales dans le dispositif actuel de dépistage, et notamment des laboratoires de ville. Ils sont à l’origine de 4 sérologies positives sur 10 et réalisent des diagnostics plus précoces que l’hôpital. Les structures de dépistage anonyme et gratuit ont également toute leur place dans le dispositif, en dépistant une population plus exposée que celle testée dans un cadre nominatif confidentiel.

Conclusion

Le suivi de l’activité de dépistage du VIH en France montre les limites de faisabilité de la stratégie de dépistage généralisé. Cette stratégie est actuellement en cours de réévaluation par la HAS pour tenir compte des données récentes. Il reste néanmoins essentiel de disposer d’outils et de lieux de dépistage diversifiés pour toucher l’ensemble de la population vivant avec le VIH. Le fait d’associer le dépistage du VIH à celui des virus des hépatites B et C, pertinent du fait de modes de contamination communs, pourrait en favoriser l’acceptabilité par les prescripteurs, comme le soulignait le rapport Dhumeaux en 2014.

D'après le BEH du 1er décembre 2015

Françoise Cazein (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ), Yann Le Strat, Charly Ramus, Josiane Pillonel, Florence Lot Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France