Ebola: un vaccin prometteur

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Crédit photo : © Athalia Christie/CDC

La revue britannique The Lancet a publié vendredi 31 juillet des « résultats encourageants et prometteurs » sur les tests du vaccin VSV-EBOV de Merck contre le virus Ebola, a annoncé Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces résultats, s’ils se confirment, vont « changer la gestion de la crise Ebola », a-t-elle ajouté.

L’essai clinique pour tester l’efficacité du vaccin VSV-EBOV de Merck contre le virus Ebola est actuellement en cours en Guinée, depuis le 1er avril. Ce sont les résultats préliminaires des analyses de données provisoires qui sont publiés par The Lancet.

Si le vaccin semble pour l’instant être efficace à 100 % chez tous les sujets vaccinés, il faudra disposer de données plus concluantes pour savoir si le vaccin peut conférer une « immunité collective » à des populations entières. L’autorité nationale de réglementation des produits médicaux et le Comité national d’éthique de la Guinée ont approuvé à cette fin la poursuite de l’essai.

Les résultats publiés dans The Lancet incluent des données recueillies jusqu'au 20 juillet auprès de plus de 7500 adultes. Dix jours après l'administration du vaccin chez des personnes ayant été en contact avec des malades (méthode de "vaccination en ceinture")personne n'a été malade dans un groupe à vaccination immédiate (4123 personnes) contre 16 dans un groupe à vaccination différée de 3 semaines (3528 personnes). Les résultats sont statistiquement significatifs: une seule injection intra-musculaire de VSV-EBOV a conféré une protection complète de 100%, 10 jours après la randomisation, résume The Lancet dans un communiqué.

« La méthode de “vaccination en ceinture” adoptée pour l’essai est basée sur la stratégie d’éradication de la variole », a précisé John-Arne Røttingen, directeur de la division de la lutte contre les maladies infectieuses à l’Institut norvégien de santé publique et président du groupe de pilotage de l’étude.

« Notre hypothèse de travail est qu’en vaccinant toutes les personnes qui ont été en contact avec un sujet infecté, on crée une ceinture de protection qui permet d’enrayer la propagation du virus. Cette stratégie nous a permis de suivre la dispersion de l’épidémie en Guinée, et sera un moyen de prolonger cette intervention de santé publique dans le cadre de l’essai clinique. »

L'analyse secondaire a aussi montré une protection au sein d'un groupe, y compris chez des personnes ayant refusé le vaccin ou ne pouvant le recevoir, comme les enfants et les femmes enceintes. L'efficacité globale du vaccin s'élève à 75% dans le groupe adulte, à 76% chez les enfants et femmes enceintes. le vaccin est globalement bien toléré, 43 effets secondaires graves ont été reportés et leur analyse se poursuit. Les auteurs en concluent que le vaccin pourrait être "hautement efficace et sûr". Le Dr Kieny de l'OMS a déclaré que "le monde était sur le point de disposer d'un vaccin efficace contre Ebola".

« En parallèle à la vaccination en ceinture, nous menons aussi un essai du même vaccin sur les intervenants en première ligne », soit tous ceux qui ont travaillé pour s’occuper des personnes malades, a expliqué Bertrand Draguez, directeur médical à Médecins sans Frontières (MSF).

Recommandations du HCSP

Le Haut comité de la santé publique (HCSP) a lui émis des recommandations visant à renforcer l’information, la formation, la protection et le suivi de l’ensemble des professionnels de santé pouvant être exposés à des patients atteints de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, dans un avis publié le 20 juillet.

Cet avis répond à deux saisines dans le cadre du déploiement des centres de traitement Ebola en Afrique de l’Ouest. Il s’adresse à la fois aux volontaires de la Croix-Rouge française et autres ONG, au personnel de l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), aux militaires ainsi qu’aux bénévoles et professionnels assurant des fonctions « support» sur site dans les zones à risque (logisticiens par exemple).

Le HCSP recommande notamment une préparation avant le départ, la qualifiant d’« importante et indispensable» et listant les éléments de cette préparation (inscription sur une base de données, entretien d’information avec un infectiologue référent, avec un psychologue, formation à l’habillage et au déshabillage avec les équipements de protection individuelle, visite médicale dans un centre de vaccinations internationales...). Un accompagnement pendant le séjour est également préconisé, prévoyant en particulier la sécurisation d’une éventuelle évacuation sanitaire. La troisième recommandation précise les modalités de l’évaluation médicale et du suivi au retour d’Afrique.

Enfin, le HCSP précise que «si la personne ne présente pas de symptôme, aucune mesure d’éviction professionnelle, de quarantaine ou d’isolement n’est requise». Il recommande l’ajustement et la mise à jour de la fiche «Croix-Rouge française» selon les principes de prise en charge précisés dans son avis. L’instance d’expertise rappelle également plusieurs points figurant dans son avis d’octobre 2014 sur la conduite à tenir concernant l’identification et le suivi des personnes contacts d’un cas possible ou confirmé d’Ebola.

Au Libéria, les quatre derniers malades sont guéris

L’épidémie, qui sévit essentiellement dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Sierra Leone, Guinée et Liberia), est responsable de plus de 11.200 décès depuis décembre 2013. Au Liberia, les quatre derniers malades d’Ebola signalés ont été déclarés guéris et ont pu quitter lundi 20 juillet la clinique de Monrovia où ils étaient soignés, ont annoncé les autorités. Deux autres cas confirmés sont décédés.

Alors que l’épidémie au Liberia avait été déclarée officiellement terminée en mai, le virus avait fait sa réapparition début juillet. Le 28 juin, les autorités confirmaient la mort d’un adolescent et au moins un soignant avait par la suite également succombé à Ebola. Au moins une centaine de personnes qui ont été en contact avec les six derniers cas restent sous surveillance jusqu’en août. Il faut attendre 42 jours sans nouveau cas pour que l’épidémie soit considérée comme achevée.

L’épidémie était probablement repartie à partir d’un survivant, peut-être dans le cas d’une contamination sexuelle, puisque le virus reste présent dans le sperme pendant plusieurs mois. L’OMS semblait en effet peu convaincue par l’hypothèse d’une réapparition du virus à partir d’un réservoir naturel comme une chauve-souris ou un autre animal. De plus les premières analyses conduites sur le premier patient mort début juin après la fin temporaire de l’épidémie ont permis d’identifier un virus « génétiquement similaire » à celui qui avait sévi fin 2014 dans la région de Margibi au Liberia, province même d’où était originaire l’adolescent en question, excluant l’hypothèse d’une contamination liée à la Guinée ou à la Sierra Leone.

Ces nouveaux cas libériens sont confirmés et analysés alors que la Guinée et la Sierra Leone peinent toujours à éliminer totalement le virus. Le nombre de nouveaux cas reste restreint mais suffisamment important pour demeurer inquiétant ; surtout et cela n’avait pas été observé depuis plusieurs semaines, pour la première fois la majorité des cas recensés ont été concentré dans les capitales Conakry et Freetown. Pour endiguer ce phénomène, les deux pays tentent de renforcer les mesures de contrôle.

Riposte aux situations d’urgence sanitaire

Dans le même temps, l’OMS s’est retrouvée de nouveau sous le feu des critiques, avec la publication début juillet d’un rapport d’experts pointant sa réaction tardive face à l’épidémie. Ce groupe d’experts, présidés par Barbara Stockings, ex-directrice générale de l’organisation non gouvernementale Oxfam, a été créé à la demande de l’OMS pour évaluer son action.

« L’OMS a une culture technique normative, peu accoutumée à gérer des actions d’urgence d’une telle ampleur et durée, dans plusieurs pays et simultanément. Elle n’est pas non plus adaptée quand il s’agit d’interpeller ses Etats membres. » Au-delà de l’OMS, la communauté internationale n’a pas pris en compte les alertes, en partie parce que les précédentes épidémies avaient été contenues et parce « qu’il n’existe pas de niveau intermédiaire d’alerte entre épidémie et urgence de santé publique internationale. »

« L’OMS doit se repositionner comme l’autorité de référence en matière de communication sur les urgences sanitaires ». Elle devrait « jouer un rôle fédérateur central dans les efforts de recherche-développement pour les situations d’urgence futures, y compris en accélérant la mise au point de produits de diagnostic, de vaccins, de traitements et de technologies thérapeutiques et médicales qui soient appropriées ».

Une injonction particulièrement justifiée alors que l’Institut Pasteur a annoncé fin juin avoir identifié et caractérisé trois nouveaux variants du virus en Guinée, qui co-circulent notamment dans les zones urbaines de la capitale du pays et dans les villes voisines. Une caractérisation cruciale pour s’assurer de l’efficacité continue des outils de diagnostic, et pour le développement de vaccins et traitements efficaces.

La rédaction