Dépister le CMV dès la naissance ?

Dépistage

Biologiste infos
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Une étude britannique a testé la faisabilité du dépistage néonatal des infections congénitales à cytomégalovirus en cas de dépistage auditif anormal. Elle suggère que l’examen est simple à mettre en place et efficace. Explications.

Les infections congénitales à cytomégalovirus (CMV) sont la première cause non génétique de surdité néonatale. En France, leur prévalence serait de 8 % dans les surdités bilatérales de l’enfant de moins de trois ans, cette proportion atteignant même 15,4 % en cas de surdité bilatérale profonde. On sait également que l’infection est 9 fois sur 10 asymptomatique à la naissance, alors que la proportion d’enfants qui développeront plus tard une atteinte auditive est évaluée, selon les études, de 6 à 23 %.

Dans ce contexte, une équipe de pédiatres britanniques a évalué la faisabilité et l’acceptabilité d’un dépistage systématique de l’infection à CMV chez tous les enfants adressés pour contrôle après un dépistage auditif néonatal anormal.

Un examen simple, efficace...

L’étude a été menée dans des centres anglais de Londres et du Nord-Est du pays. Tous les enfants ayant eu des réponses anormales au dépistage systématique ont été inclus. Le protocole prévoyait que des prélèvements salivaires et urinaires pour recherche du CMV par PCR soient réalisés avant trois semaines de vie, avec un examen clinique dans le premier mois en cas de positivité. Supposant que ces investigations pouvaient être source d’inquiétude pour les parents, les chercheurs ont systématiquement évalué le score d’anxiété maternelle lors du recrutement et à trois mois. Ils se sont pour cela basés sur les réponses des mères au questionnaire d’anxiété de Spielberger simplifié.

Des examens biologiques contributifs ont été obtenus chez 98 % des enfants recrutés (404 sur 411). Six cas d’infection congénitale à CMV ont ainsi été identifiés, tous par PCR sur échantillon salivaire. Dans cette étude, la prévalence de l’infection à CMV chez les enfants ayant un dépistage auditif néonatal anormal était donc de 1,5 % (IC95 % : 0,6-3,2 %).

En termes de faisabilité du dépistage, ce travail montre la difficulté d’obtenir des échantillons urinaires dans un contexte de dépistage systématique : il n’avaient été recueillis que dans 50 % des cas, contre 99 % pour les écouvillons salivaires. En revanche, les prélèvements salivaires semblent être une méthode simple et efficace puisque dans tous les cas de dépistage positif, le résultat a été disponible dans le délai prévu par le protocole.

... et peu anxiogène pour les mères

L’acceptabilité de ce dépistage par les mères a été jugée bonne, la méthode n’augmentant pas le score d’anxiété. Au final, 89 % des mères interrogées se sont dites heureuses que leur enfant ait été dépisté pour le CMV et elles sont 97 % à juger qu’une généralisation à l’ensemble des enfants identifiés par le dépistage néonatal de la surdité serait une « une bonne idée ».

L’avis des investigateurs de l’étude va dans le même sens, puisqu’ils concluent qu’il est faisable et acceptable d’inclure le dépistage salivaire de l’infection congénitale à CMV dans les protocoles de dépistage néonatal systématique de la surdité.

Mais quelle devra être la prise en charge des enfants ainsi identifiés ? L’administration précoce d’antiviraux, type ganciclovir ou valganciclovir, serait envisageable, bien que le rapport bénéfice/risque de ces molécules dans un tel contexte ne soit pas clairement établi. Des équipes, notamment en France à l’hôpital Necker- Enfants malades, travaillent sur le sujet. Une affaire à suivre donc, du moins tant que les difficultés de la mise au point d’un vaccin anti-CMV efficace n’ont pas été surmontées.

La rédaction